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Accueil du site > Contrats > L’exposition et ses effets. Territoires de migrations, démocratie patrimoniale et pratiques scientifiques renouvelées

COST

L’exposition et ses effets. Territoires de migrations, démocratie patrimoniale et pratiques scientifiques renouvelées

Contrat débuté en 2014, achevé en 2016
(coord. : Hélène Bertheleu)

Ministère de la culture et de la communication, la DRJS-CS et la DRAC

Partenaires : Laboratoires CITERES et IDEMEC, Asso-Réseau Mémoires plurielles, Musée.

Résumé du projet de recherche

A l’occasion du projet d’exposition Histoire(s) de migrations en région Centre prévue au Musée d’histoire et des Beaux Arts d’Orléans en 2016, l’association-réseau Mémoires Plurielles et le Laboratoire CITERES de l’Université de Tours initient une démarche participative afin de permettre l’appropriation de l’exposition par une diversité de publics. Le projet de recherche, au cœur de cette démarche associant le musée, les associations du réseau, les collectivités locales et les chercheurs, pose trois questions :

1) Dans cette démarche qui se veut « partagée », qui fait patrimoine ? La « démocratie patrimoniale » annoncée se construit, s’élabore en situations que nous proposons d’ethnographier. La participation est à décrire et analyser.

2) Qu’apporte cette démarche patrimoniale au territoire ? En saisissant comment et pourquoi les associations se mobilisent autour du projet d’exposition, il s’agit d’observer collectivement les effets de cette démarche participative sur le territoire local, d’être attentif aux effets de territorialisation d’autant plus intéressant qu’ils concernent non seulement des populations issues des migrations souvent présentées comme déracinées, déterritorialisées, mobiles, aux ancrages fragiles, mais aussi les populations établies qui les ont « accueillis ».

3) Les pratiques scientifiques se transforment-elles au contact des différents acteurs ? De nouvelles légitimités scientifiques se construisent-elles au fil de cette démarche expérimentale ? Le travail étroit avec les associations et les professionnels du musée, dans les différentes étapes de l’expérience, bouscule les chercheurs et leurs repères, mais aussi, concrètement, leurs pratiques d’investigation.

Méthodologie

1) Pour répondre à la première question, nous proposons d’ethnographier [1] la participation (Cefaï, 2010) pendant toute la durée de préparation (environ 18 mois) de cette exposition au Musée des Beaux Arts d’Orléans, prévue pour 2016. Plusieurs « arènes » devraient se construire dans la région (agglomérations d’Orléans, Tours, Bourges, Chartres) et permettre de voir s’élaborer in vivo et in situ la participation patrimoniale.

Il s’agira d’observer concrètement la construction de cette participation, les lieux choisis pour se réunir, l’organisation des espaces-temps de la participation, les scenarii proposés, les situations d’échanges, les relations qui s’y développent sur plusieurs mois, les attentes, les débats, les conflits, les compromis, etc. Quels choix vont sortir de ces forums hybrides (Callon & alii, 2001) ? Quelles négociations, quelles décisions vont être soutenues par ce travail participatif, engageant un partage des savoirs, voire un partage des modes de connaissance ? Comment se fabrique la « simultanéité des convictions » , Quel agencement collectif s’impose au sein duquel des individus se coordonnent, échangent, se disputent ? Quels mots sont choisis pour « se dire » et défendre la cause mémorielle ou patrimoniale dans cet « espace public intermédiaire » ?

A peine engagés à l’heure actuelle, les acteurs du processus, tant associatifs, professionnels que chercheurs, partagent pour l’instant le point de vue minimal de prendre au sérieux les postures, les actes de langage, les discours des habitants, des associations, des migrants, des « descendants » qui proposent des éléments de mémoire, des souvenirs et des moments / objets / pratiques qu’ils considèrent comme « le » patrimoine. Il s’agit, pour l’association organisatrice, Mémoires Plurielles, de donner une place à la diversité des modalités d’attribution de la valeur patrimoniale à l’égard de tel objet d’affection (Dassié, 2010), de tel lieu de mémoire (qu’il s’agisse d’un ancien camp, d’une rue, d’une tombe ou de la cage d’escalier d’un bâtiment démoli), et d’observer la manière dont le patrimoine est institué à travers la mémoire entretenue d’expériences pratiques, singulières, processus très différent de la manière dont l’expert ou le professionnel établit la valeur patrimoniale.

Pour ce faire, l’ensemble des réunions et échanges seront enregistrés, de façon à pouvoir analyser, a posteriori, l’ensemble du processus et de ses étapes. Cette méthodologie a d’ores-et déjà été entamée puisqu’une première réunion publique à laquelle 80 personnes ont assisté, puis une réunion plus restreinte visant à rassembler les personnes prêtes à « contribuer » à la collecte, à Orléans, ont été enregistrées.

Des moments de restitutions, d’échanges d’expériences et de réflexion collective seront organisés afin de confronter ces observations et ces analyses aux différents acteurs du processus patrimonial.

2) Pour répondre à la deuxième question, une série d’entretiens qualitatifs seront réalisés, à différents moments du processus, tant auprès de personnes directement concernées par la démarche de notre projet, qu’auprès de personnes plus à distance mais néanmoins très attentives à la vie sociale d’un territoire qu’elles connaissent bien. Une quinzaine de personnes pourront être ainsi entendues, après un travail collectif visant à cibler au mieux ce travail de recueil.

3) Pour répondre à la troisième question, nous allons nous appuyer sur des configurations vraiment hybrides qui favoriseront l’échange d’expériences et la confrontation des points de vue. Elles encourageront sans doute une acculturation réciproque, des chercheurs, des associations et des professionnels de la culture et du patrimoine. Cette démarche ne promet pas des rôles confortables pour les uns comme pour les autres, mais elle promet d’être enrichissante permettant à chacun(e) de sortir des cadres professionnels dans lesquels il / elle évolue au quotidien, de questionner ses propres manières de travailler, d’envisager son rôle par le détour des autres acteurs. Une démarche réflexive qui implique de concevoir la mission du chercheur autrement, interrogeant l’expérience de son propre positionnement. Il s’agira pour le chercheur, dans cette expérience, moins de contrôler les conditions de la recherche que d’éprouver collectivement la solidité des analyses de ces espaces-temps interculturels, à la fois au sein de séminaires de recherche, sortes d’arènes interdisciplinaires et réflexives (Marcus, 1995), mobilisant des outils théoriques pluriels (anthropologie, histoire, sociologie, sociolinguistique, philosophie, sciences de l’éducation), que lors de réunions ou moments collaboratifs enregistrés.

Une journée de cinéma documentaire sera aussi organisée en avril 2015 sur ces questions, en partenariat avec le Laboratoire CITERES (80 chercheurs), le Département de Sociologie de l’Université de Tours et les associations locales de cinéma documentaire (Sans Canal fixe, Cent soleils, notamment). Ce sera l’occasion d’y rencontrer des chercheurs et des réalisateurs impliqués et réfléchissant à ces thématiques.

Nous souhaitons en outre que cette recherche, menée localement, puisse être aussi une occasion de parfaire la formation pratique des étudiants. Nous associerons donc à nos travaux des étudiants désireux de se former ou de poursuivre leur formation à la recherche en sociologie et en anthropologie. Cela pourra se faire, selon le niveau d’étude et les compétences de chacun, sous forme de stages rémunérés ou de missions de recherche.

- Voir l’exposition itinérante Panorama historique des migrations en Centre-Val de Loire


[1] Ethnographie est ici au sens strict d‘une enquête avec un moment central d’observation participante et de description intense dont procèdent les analyses des situations in vivo plutôt que de procéder par des entretiens réalisés avant ou après, hors contexte.