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Brun Marion

Biodiversité végétale et délaissés dans l’aménagement urbain. Contribution potentielle des délaissés urbains aux continuités écologiques

Thèse débutée en 2012, soutenance prévue le 7 décembre 2015

Direction : Francesca Di Pietro Corinne Larrue (co-direction )

Résumé  :

Bien que les surfaces urbanisées représentent seulement 3% des surfaces de la Terre, l’urbanisation, impliquant une perte et fragmentation des habitats naturels, est reconnue comme une des causes majeures d’érosion de la biodiversité (MEA, 2005). Par ailleurs, selon l’ONU, depuis 2007, 80% de la population humaine des pays développés est devenue urbaine. La nature en ville est donc celle que les citadins côtoient au quotidien, dans des espaces maitrisés (parcs, jardins, etc..) ou non (délaissés, bords de voies de transport). Elle a un rôle, aussi bien social qu’écologique, dans la dynamique du milieu urbain. De ce fait, les politiques de conservation de la nature et d’aménagement du territoire se sont progressivement articulées ensemble. La planification urbaine vise aujourd’hui à renforcer les continuités écologiques, ou connectivités, afin de favoriser le déplacement des espèces au sein de la matrice non favorable que représente la ville. La politique de Trame Verte et Bleue (TVB), mise en place depuis le Grenelle de l’environnement, en est l’exemple le plus concret.

Dans ce contexte, cette thèse s’oriente spécifiquement sur les délaissés urbains végétalisés. Ces espaces qui, selon Gilles Clément, sont « indécis et dépourvus de fonction au sein de la ville » peuvent abriter une part non négligeable de la biodiversité végétale urbaine et peuvent participer aux connectivités en ville (Clément et al., 2007). Notre objectif est de caractériser la biodiversité des délaissés urbains afin de comprendre le rôle qu’ils peuvent avoir en tant qu’espaces de nature en ville. Plus spécifiquement, nous proposons de comprendre leur rôle potentiel dans les continuités écologiques ainsi que dans les politiques de conservation et d’aménagement mises en oeuvre pour les renforcer, notamment la TVB. Cette thèse s’inscrit donc dans les champs de l’écologie ainsi que de l’aménagement du territoire, dans ce contexte pluridisciplinaire qu’impose le milieu urbain.

Le premier chapitre de cette thèse consiste à caractériser les délaissés urbains. Une fois notre objet d’étude défini précisément, nous avons déterminé le territoire d’étude : les agglomérations de Tours et de Blois, étant parmi les plus avancées en matière de TVB en région Centre et représentatives des villes moyennes, présentent de fortes dynamiques d’étalement urbain. Au sein de ces territoires, 179 délaissés urbains ont été caractérisés. Nous avons mis en évidence une grande diversité de situations menant à leur apparition, qui peut rendre difficile leur appréhension en aménagement urbain. Une étude du lien entre évolution urbaine et évolution des délaissés a montré que ces espaces sont révélateurs des mutations de la ville.

D’un point de vue écologique (chapitre 2), nous avons en premier lieu évalué la diversité végétale des délaissés urbains, puis nous avons étudié de quelle manière le milieu urbain influence la diversité des communautés floristiques présentes et comment il favorise, ou empêche, le déplacement des espèces entre délaissés, à travers une étude des connectivités. Nos résultats montrent que les délaissés constituent un réservoir de biodiversité urbaine, plus de 500 espèces végétales y trouvant refuge. Le gradient d’urbanisation, mis en évidence dans les deux agglomérations, influence les communautés floristiques aussi bien en termes d’identité des espèces (diversité taxonomique) qu’en termes de caractéristiques biologiques (diversité fonctionnelle). Par ailleurs, les délaissés, situés à de multiples emplacements au sein de la ville, présentent des connectivités plus ou moins importantes, qui dépendent de la perméabilité de la matrice urbaine. Un renforcement de ces connectivités serait donc primordial pour favoriser la contribution des délaissés aux continuités écologiques.

Pour ce faire, il est nécessaire de comprendre de quelle manière les délaissés sont pris en compte en aménagement du territoire. L’objectif du troisième chapitre de cette thèse donc de comprendre si la valeur écologique des délaissés est reconnue à travers (i) l’étude de différents documents cadrant les politiques d’aménagement du territoire et de conservation de la nature et (ii) des enquêtes auprès des acteurs de la ville potentiellement impliqués sur la question des délaissés. Les résultats montrent que ces espaces sont de manière générale peu considérés dans les textes juridiques. Les documents stratégiques de planification territoriale présentent quant à eux les opportunités que peuvent représenter les délaissés pour densifier les villes, très rarement pour favoriser la biodiversité ou les continuités écologiques. Par ailleurs, les délaissés sont majoritairement pensés dans une vision future. Leur état actuel, d’espace végétalisé durant leur temps de veille, n’est pas mentionné. Les enquêtes présentent les mêmes conclusions : les délaissés offrent des potentialités pour l’aménagement, mais ils ne représentent pas une priorité écologique. La notion d’abandon est prédominante : si certains habitants et gestionnaires voient cet abandon positivement, comme opportunité de renouveau de la ville, d’autres le perçoivent négativement, comme révélateur d’une certaine déshérence. La vacance peut être source d’angoisse et la végétation présente, bien que représentant une réponse à la demande croissante de nature en ville, n’est alors pas perçue comme de la biodiversité. C’est donc le délaissé en tant qu’objet urbain temporaire et transitoire qui peut renvoyer une image négative. Il parait donc nécessaire de valoriser les délaissés urbains en tant que supports de biodiversité.

La dernière partie de notre recherche (chapitre 4) consiste à émettre des préconisations pour la prise en compte des délaissés dans les politiques favorisant la biodiversité et les continuités écologiques, notamment la TVB. Ceci nécessite d’une part de hiérarchiser les délaissés selon leur contribution à la biodiversité et aux continuités écologiques et d’autre part de connaitre leur vocation future : un nombre important de délaissés participe aux TVB, mais une grande majorité d’entre eux sont voués à être urbanisés. Nous avons, selon ces résultats, créé un schéma d’aide à la décision quant aux actions potentiellement réalisables sur les délaissés. Une reconnaissance de leur potentiel écologique permettrait de répondre à la demande sociale d’espaces de nature en ville. Toutefois, les délaissés sont peu considérés dans la ville, du fait de leur caractère variable dans l’espace et dans le temps. C’est pourquoi les actions que nous proposons, de divers types et de différentes temporalités, permettent de donner une place aux délaissés, en tant qu’espaces dynamiques et multifonctionnels, au sein des villes.