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Accueil du site > L’équipe IPAPE > Programme scientifique > Axe 3 – Projets d’aménagement, d’urbanisme et systèmes d’action

IPAPE

Axe 3 – Projets d’aménagement, d’urbanisme et systèmes d’action

Au sein des domaines portés par CITERES, l’axe PAUSA de l’équipe IPAPE a pour projet général de rendre intelligibles les façons actuelles d’agir sur l’espace et d’aider à concevoir ces actions, toutes échelles spatiales confondues (de l’ilot à l’échelle internationale) et sous des dimensions variées et non moins reliées : espaces construits et espaces naturels, villes supports de mobilités de tous ordres, scènes d’élaboration de « projets de territoire », etc. Il s’agit de mettre en œuvre une approche praxéologique articulant différentes échelles spatiales et temporelles, reliant différents domaines d’intervention des « acteurs » des transformations spatiales contemporaines.

La centralité de la figure du projet dans les démarches d’organisation des espaces cristallise des transformations profondes des pratiques en matière d’aménagement et d’urbanisme ces dernières décennies, en France et à l’étranger. De nombreux éléments ont conduit à ce que les démarches d’aménagement ou d’urbanisme franchissent un seuil, qui semble irréversible, notamment en termes d’organisation des acteurs et d’étendue des champs d’intervention. Parmi les principaux, on peut citer la multiplication des "porteurs de projet" et l’extension des champs couverts par l’aménagement. En ce qui concerne les acteurs, et en limitant ici volontairement la discussion aux maîtres d’ouvrage, tandis que les années 1940-1970 ont correspondu à un aménagement piloté en grande partie par l’Etat, les collectivités territoriales ont assumé à partir des années 1980 des responsabilités croissantes en matière d’aménagement. Depuis, de nouveaux acteurs ont été suscités (groupements de communes, "partenariats public-privé"…) ou se sont emparés de questions d’aménagement (Union Européenne). Au niveau des domaines à prendre en compte dans toute démarche d’aménagement, on constate, entre autres tendances lourdes, un renforcement des préoccupations environnementales et une injonction à la qualité des réalisations, d’où le caractère critique de la maîtrise des coûts dans un contexte de "concurrence des territoires".

L’aménagement suppose donc, non seulement la conciliation de multiples points de vue qui ne sont pas nécessairement convergents, mais aussi la recherche de l’implication de certains acteurs-clés (financeurs, usagers…), la résolution en amont de contradictions, l’anticipation de conflits… Autrefois, il s’agissait d’appliquer des savoirs portant sur les milieux concernés, naturels, construits ou sociaux, de mobiliser des techniques au service de la mise en œuvre d’un schéma prédéfini, à l’échelle d’une place, d’une ville, d’une région... Aujourd’hui, la démarche est devenue stratégique : on passe du plan au projet. De plus, les finalités peuvent être redéfinies en cours de route : le dessin compte moins que le dessein. On comprend que le besoin de connaissances soit accru pour conduire les démarches d’aménagement, mais aussi que la compréhension de ces démarches mérite de constituer un objet scientifique à part entière.

Le positionnement scientifique de cet axe n’est pas déterminé mécaniquement par la transformation des pratiques concrètes d’urbanisme et d’aménagement, mais on ne peut éviter d’évoquer ici l’enjeu social des futurs travaux. Depuis plusieurs décennies – et le regard porté est encore plus aigu aujourd’hui – il y a à la fois nécessité et difficulté à innover dans les interventions urbaines et territoriales. Est-il possible d’agir sur la ville sans susciter des effets inattendus ? Des débats scientifiques se sont tenus sur les notions de "ville éclatée", de "polarisation" sociale et/ou spatiale, de "territoires fragiles", de "crise urbaine", d’"étalement urbain", de "désertification rurale"… Cet axe ne se consacre pas à affiner ces terminologies, que ce soit par des mesures quantitatives ou des approches qualitatives. En érigeant le "projet d’aménagement" (dans une acception large du terme) en tant qu’objet scientifique, les travaux enrichissent la réflexion des "décideurs" des villes et territoires. Bien que répondant à une logique propre d’investigation scientifique, les travaux menés sont attentifs à ménager des liens avec les autres axes.

La figure du projet étant récente, d’une part, et renvoyant clairement à un dépassement des approches purement techniques, d’autre part, on peut penser que la notion d’ingénierie du projet d’aménagement mérite d’être définie. Elle peut se situer en filiation très partielle avec des disciplines telles que le génie urbain, le génie civil ou l’architecture (voire en discontinuité avec celles-ci), tandis qu’elle gagne à s’enrichir des travaux d’aménagement-urbanisme.

Baliser le champ et les méthodes de l’ingénierie du projet d’aménagement est un objectif et un apport essentiel de cet axe de recherche d’IPAPE. Ainsi, par exemple, le terme d’ingénierie territoriale, aujourd’hui très répandu, renvoie moins à une co-évolution des termes "ingénierie" et "territoire" qu’aux difficultés pour donner corps aux démarches de "projets de territoire". En considérant des projets à des échelles spatiales très variables et dans des domaines variés de l’aménagement de l’espace, cet axe se donne les moyens de pratiquer une indispensable montée en généralité.

Dans différents domaines d’activités, on assiste aujourd’hui à un élargissement du métier d’ingénieur : gérer le projet et même gérer l’après-projet va au-delà des missions traditionnelles d’étude et de conception. Il n’en reste pas moins que les variables qu’intègrent le travail de l’ingénieur sont dans une large mesure quantifiées et quantifiables, testables, voire modifiables à volonté. Or, une telle plasticité ne caractérise pas les notions de ville ou de territoire. Celles-ci constituent au contraire des notions dont la définition est fort variable, des "objets flous", des "concepts mouvants". En tant qu’objet de connaissance, les projets d’aménagement connaissent donc une tension forte entre des espaces circonscrits, des interventions sectorielles balisées ou des techniques qui semblent éprouvées, entre des d’échelles ou de domaines interagissant, des besoins flous ou réversibles, des acteurs au nombre indéfini, des résultats incertains.

C’est dans l’étude, la mise en évidence et l’aide à la résolution de cette tension que se situe pour nous l’apport de l’ingénierie du projet d’aménagement, avec, d’un côté, les sciences sociales dédiées aux villes et territoires sont confrontées à l’interrelation des échelles spatiales et temporelles et, de l’autre, les sciences de l’ingénieur mobilisées pour les interventions sur les espaces sont centrées sur l’instillation du progrès technique dans la réalisation d’opérations. Or, l’irruption de la figure (d’ailleurs plurielle) du projet d’aménagement appelle le développement de travaux de recherche sur la phase amont, au niveau de la définition des choix, de la concertation, de la programmation… Se dégage ainsi un point de jonction entre sciences de l’ingénieur et sciences sociales.

Trois chantiers sont en cours, déployant la démarche dans trois directions complémentaires et liées. Le premier porte sur l’analyse et la compréhension du projet. Il s’agit dans ce premier mouvement d’expliciter les logiques à l’œuvre autour de démarches de projet en aménagement. Ce chantier se donne pour objectif de rendre intelligible par l’observation et l’analyse des processus de projet : quelles finalités, quels acteurs, quelles actions, quelles ressources mobilisées, quelles organisations et fonctionnement, etc. ? Plus particulièrement, les travaux portent notamment sur :

-  La production des documents d’urbanisme en tant qu’éléments structurants des projets urbains

-  Les comportements individuels et des jeux d’acteurs dans les opérations d’urbanisme

-  Le projet de territoire et l’intercommunalité

-  Le projet d’aménagement du territoire à l’échelle européenne

Le deuxième chantier est plus orienté vers la recherche à visée opérationnelle, en participant aux expérimentations dans le champ urbain ou régional par des démarches de conception et d’aide à la conception. Il s’agit d’inventer, de construire des outils, d’aide à l’organisation, la conception de projets, de systèmes de traitement de l’information, à des outils d’aide à la décision, en passant par des modèles de représentation du "réel" engagé dans le projet, etc. :

-  La production de réflexions stratégiques liées à l’élaboration de SCOT, de SRADT, de projets d’aménagement transfrontalier ou de "visions spatiales européennes polycentriques" telles que le Schéma de Développement de l’Espace Atlantique, de coopérations transfrontalières

-  La production d’indicateurs de développement territorial durable

-  La simulation et la modélisation de réseaux de transport aux différentes échelles spatiales

-  L’écomobilité

-  La conception de nouveaux outils liés aux SIG

-  Le montage de nouvelles coopérations métropolitaines

Le troisième vise, par la critique du projet, une dimension plus épistémologique, reposant sur l’idée que le projet n’est probablement pas le seul mode de réalisation d’une intention en aménagement. Ce chantier se donne pour objectif de mieux comprendre le projet en tant que mode particulier de construction de notre environnement spatial et social. Il s’agit de critiquer ou relativiser la figure du projet en pratiquant une montée en généralité, des théorisations, des comparaisons dans le temps et l’espace par une "prise de distance" vis-à-vis des projets d’aménagement retenus comme objets d’analyse. S’intègrent à ce chantier deux catégories principales de travaux relevant de :

-  La critique du projet en tant qu’objet de recherche à part entière

-  L’analyse internationale comparée, permettant une mise en question des politiques et projets d’aménagement mis en œuvre dans un contexte national donné.

Ces chantiers de recherche correspondent à trois "moments" distincts de la recherche en ingénierie du projet que les chercheurs de l’équipe sont amenés à privilégier alternativement en fonction du déroulement de leurs travaux et des thèmes précis d’investigation retenus, ce qui implique une absence de spécialisation complète de leur part au regard de ces trois axes, étant entendu qu’ils peuvent soit par sensibilité personnelle, soit par formation, avoir vocation à donner plus de poids à l’un ou l’autre. Par ailleurs, la démarche exclut toute restriction à une échelle spatiale particulière et se veut au contraire multiscalaire. En d’autres termes, pour l’identification des objets de recherche, les axes de travail mentionnés ci-dessus devront être croisés avec différentes échelles spatiales et temporelles.

Les échelles spatiales de l’ingénierie du projet peuvent être présentées classiquement. Tout d’abord, l’échelle micro, définie comme l’échelle infra-régionale, concerne des projets d’aménagement-urbanisme dont le périmètre de réalisation et d’impact s’inscrit entre celui de l’ilot urbain et celui du territoire de développement local (schématiquement à ‘échelle des intercommunalités). Ensuite, l’échelle méso s’inscrit entre celles de l’infra-régional et du supra-régional, jusqu’au national. Peuvent prendre ici place tous les projets stratégiques d’aménagement et de développement territorial. Enfin, l’échelle macro renvoie, au-delà de l’échelle nationale, aux nouveaux espaces transnationaux qui se sont emparé de la question de l’organisation intentionnelle des territoires, faisant désormais l’objet de projets stratégiques, tels que le Schéma de Développement de l’Espace Atlantique ou la "North-West Vision", pour ne citer que deux exemples de travaux prospectifs et pro-actifs.

Cet axe prend en compte les projets relevant de ces différentes échelles en tant que support d’une réflexion praxéologique. La démarche prend en compte toutes les échelles temporelles. Formellement, trois échelles temporelles peuvent être distinguées, correspondant fort classiquement aux court, moyen et long termes. Premièrement, correspondant au temps du maître d’ouvrage privé, l’étude de l’ingénierie du projet d’aménagement ne saurait exclure de son champ d’investigation les projets initiés par les acteurs privés (promoteurs immobiliers, entreprises privées de production de biens et de services, etc…) dont les actions et les méthodes sont largement dépendantes d’un principe de rentabilité et d’une recherche de compétitivité. Deuxièmement, force est de constater que beaucoup de projets d’aménagement public ont une temporalité induite par les cycles électoraux, et s’inscrivent dans des échéanciers de moyen terme. Il correspond au temps du mandat public. Enfin, la temporalité longue à prendre en compte est celle des transformations spatiales. Les projets d’aménagement, fussent-ils pensés à court terme, participent des processus de transformation spatiale qui recomposent les villes et les territoires dans le temps long. Cette dimension temporelle est intégrée dans les travaux de cet axe.

La thématique de l’ingénierie du projet se veut innovante, en ce qu’elle entend faire du processus d’élaboration et de mise en œuvre de projets d’aménagement du territoire et d’urbanisme un objet de recherche à part entière. C’est en croisant les axes de travail et les différentes échelles spatiales et temporelles que les enseignants-chercheurs impliqués dans cet axe intègrent leurs travaux en cours ou en projet dans la dynamique de production scientifique, se nourrissant des apports des autres axes.