CITERES


Partenaires

Logo CNRS
Logo Université François Rabelais




Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS

logo MSH Val de Loire
logo INRAP

Accueil du site > Doctorants > Fournier Zara

EMAM

Fournier Zara

Fabriques et reconfigurations du patrimoine au Liban sud en situation conflictuelle

par Muriel - 11 septembre 2014

Thèse débutée en 2014

Direction : Anna Madoeuf

Sur les hauteurs de la petite ville de Khiam, au Liban-Sud, se situe le musée de la prison de Khiam, mis en place par le Hezbollah après la libération du centre de détention en 2000, pour narrer « la résistance que Khiam peut porter dans ses murs » (Mervin, 2008, p. 233). Bien que la ville et le musée-centre de détention aient souffert des destructions causées par le conflit israélo-libanais de juillet 2006, le symbole de lutte et de résistance que la ville et le musée incarnent semble se perpétuer, aussi bien auprès des instances publiques et gestionnaires locales qu’auprès des habitants de la ville. Si le Liban-Sud est une région à la fois marginalisée économiquement et socialement, c’est également la terre d’origine de plusieurs personnalités et intellectuels libanais, ainsi qu’un territoire politique marqué par une forte identité communiste (Chaib, 2009). Son histoire récente est marquée par la guerre civile libanaise (1975-1990) et l’occupation israélienne de la région (1978-2000). La présence de forces politiques communistes depuis les années 1930, de l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), ainsi que du Hezbollah (Parti de Dieu) à partir de 1982 a fondé une tradition de résistance de la région (Chaib, 2009). Après sa fondation, le parti islamiste chiite prend progressivement le monopole de la résistance face à Israël, jusqu’à devenir le héros libérateur du pays aux yeux de la population locale en 2000 lors du retrait israélien (Mervin, 2008). Depuis cette date, plusieurs conflits ont éclaté dans la région, dont l’apogée reste la guerre de juillet 2006, opposant le Hezbollah libanais à l’armée israélienne, et causant des dommages matériels particulièrement importants. Actuellement, les répercussions du conflit syrien au Liban sont susceptibles de réactiver plusieurs processus mémoriels en rapport avec les conflits précédents. En effet, la guerre de 2006 avait déjà opéré cet effet de réactivation de la mémoire : « nous vivions le présent comme si c’était un souvenir » (Khoury, 2008, p. 165-166). Malgré des particularités culturelles et communautaires, l’ensemble des processus de patrimonialisation semble s’articuler principalement autour des périodes de conflit depuis 1978, date de l’invasion israélienne. En effet, depuis lors, des monuments aux morts en martyrs du conflit ponctuent la région, des mémoriels de l’invasion israélienne sont dressés dans plusieurs communes par les habitants (Al Harithy, 2010), des musées narrant la résistance de la région sont ouverts, et les villes ayant connu des combats et bombardements acquièrent la réputation de « villes martyres » (Deeb et Harb, 2013). Partant de ces observations, l’objectif de ce projet de recherche est l’analyse des formes de patrimonialisation issues du conflit israélo-libanais au sein de trois localités du Liban-Sud, en considérant le patrimoine et la mémoire comme processus issus d’un choix, excluant ainsi certains éléments à détruire et à oublier (Veschambre, 2008). Le patrimoine et la mémoire sont un ensemble de biens et d’éléments soumis à l’identification collective, l’expression d’un regard, du présent sur le passé, qui choisit des éléments « authentiques » à conserver (Rautenberg, 2003). Le patrimoine est donc à la fois un processus de destruction et de conservation, et la mémoire, un processus d’oubli et de souvenir. À partir de ce postulat, il s’agira de saisir les conditions d’action des patrimonialisations sur un territoire et une société en conflit, à savoir en situation d’antagonismes, de controverses ou d’oppositions (Melé, 2003). Comment un processus en lien avec la nostalgie et la perte du passé (Rautenberg, 2003) peut-être institué au sein d’une période conflictuelle et sur un territoire en proie à des destructions matérielles chroniques ? Dans ces conditions spécifiques, quels enjeux les patrimonialisations du territoire révèlent-t-elles ? Que révèlent les exclusions de ce processus ? Dans cette perspective, ce projet étudie trois lieux, à référents politiques et communautaires différents, comme autant d’exemples de sélections et d’exclusions patrimoniales révélatrices des différentes visions du conflit. Marjayoun, bourgade chrétienne au sein d’un territoire à dominance chiite, fut la base des milices chrétiennes collaborant avec l’armée israélienne, « armée du Liban-Sud » (ALS). La présence de l’ALS n’a fait que renforcer le combat résistant de Khiam, qui se caractérise par son identité politique communiste. Enfin, Nabatieh, est l’une des rares villes chiites de la région qui ne soit pas affiliée au Hezbollah. Ces trois terrains ont éprouvé d’importantes destructions matérielles lors de la guerre de 2006 (Verdeil, 2007) et font l’objet de plusieurs opérations de patrimonialisation, qu’il s’agisse de rénovation de centres-villes, de création de musées, ou de réhabilitation de célébrations rituelles. Ainsi ces trois terrains constituent des observatoires privilégiés des différents types de processus patrimoniaux à l’œuvre sur le territoire et de leurs possibles effets politiques et sociaux. L’approche comparative cherche ainsi à mettre en évidence des régularités dans l’impact de la période conflictuelle sur la région, et partant de là, à mieux identifier les spécificités et effets de contexte dus aux variantes politiques, sociales, et communautaires. Le travail de recherche sera organisé à partir de trois axes de réflexion : Axe 1 : Projets et institutions patrimoniales des terrains enquêtés : le conflit comme patrimoine ? Axe 2 : Pratiques et perceptions mémorielles autour du conflit

Ce projet de thèse, sous la direction d’Anna Madoeuf, s’inscrit dans l’axe « Fabrique et pratiques de l’urbain » de l’équipe Emam de Citeres, ainsi que dans le programme de recherches en cours sur « Marges et villes, entre exclusion et intégration : cas méditerranéens » sous la direction de Nora Semmoud (projet soutenu par l’Anr, 2013-2016). Il permettra par ailleurs de renforcer les liens, déjà établis, avec l’Institut Français du Proche-Orient à Beyrouth, ainsi qu’avec d’autres partenaires universitaires au Liban (Université Saint-Joseph, Université de Balamand, American University of Beirut).