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IPAPE

AQAPA : « A qui appartiennent les paysages ? »

La mise en tourisme des hautes terres en Asie méridionale : dynamiques sociales et patrimonialisation des paysages dans les campagnes à minorités ethniques

par Muriel - 11 mai 2015

Contrat débuté en 2014, achevé en 2018
(coord. : Evelyne Gauché)

En Asie, les politiques d’intégration nationale passent de plus en plus par la mise en tourisme des espaces et des groupes sociaux marginaux, qui vivent souvent sur de hautes terres périphériques. Réduire leur pauvreté, freiner les impacts écologiques (brûlis rendus responsables de l’érosion), limiter les mouvements autonomistes : un triple souci pousse certains gouvernements à ancrer ces espaces marginaux au centre de gravité du pays par une politique de développement touristique. Dans des pays dominés par un tourisme urbain, des foyers de tourisme rural apparaissent, fondés sur la valorisation du patrimoine de minorités ethniques qui ont souvent été l’objet de discriminations diverses. Ironie de l’histoire, elles peuvent aujourd’hui apparaître, par leurs spécificités, comme un atout pour le développement touristique.

L’ambiguïté est évidente : le soutien aux cultures locales mais aussi le maintien de paysages considérés comme « typiques » sont-ils un moyen de renforcer les identités de ces groupes dans le cadre d’un basculement historique où l’État tenterait de compenser des décennies de mise à l’écart, ou renvoient-ils à une simple muséification de pratiques folklorisées, doublée d’une commercialisation économique, d’une assimilation politique et d’une homogénéisation culturelle ? Une des originalités du projet est de se concentrer sur les paysages ruraux et agricoles en laissant de côté les objets de tourisme déjà très étudiés (folklore, habitat) : étudier la trame des paysages ordinaires, susceptibles pourtant de séduire les touristes, et non pas les paysages exceptionnels, au sens des « paysages culturels » de l’UNESCO. En lien étroit avec l’analyse des mutations paysagères contemporaines dans ces territoires, le projet entend confronter représentations, discours et pratiques du paysage des sociétés locales, des États, et des opérateurs touristiques, bref, les jeux de pouvoirs, d’accaparement même, qui en découlent, pour interpréter les formes prises par la mise en tourisme comme les démarches patrimoniales qui s’articulent avec elles. Il faudra déterminer jusqu’à quel point elles témoignent d’une prise de conscience de la multifonctionnalité des espaces ruraux, traduisant le passage d’une vision utilitariste du paysage à la reconnaissance de la valeur patrimoniale du cadre de vie des habitants et de ses fonctions environnementales.

Cinq espaces d’étude montagnards sont envisagés - Kumaon (Inde), Guizhou (Chine), provinces de Louang Namtha (Laos) et de Lam Dong (Vietnam), nord de la région Ouest (Népal) - pour mettre en lumière les différences liées aux politiques nationales et régionales, établir un gradient de l’importance variable de l’écotourisme ethnique et évaluer les effets d’un tourisme domestique plus ou moins développé. L’interprétation de ces diverses trajectoires en référence à un hypothétique modèle occidental de gestion des territoires ruraux et de patrimonialisation des paysages, soucieux des identités locales et de la biodiversité, s’efforcera avant tout de comprendre, au delà des discours, les raisons de ces différenciations au sein de structures socio-économiques, culturelles et paysagères fort contrastées. À Qui Appartiennent les Paysages en Asie ?

Pour chaque terrain, l’analyse sera multiscalaire, interdisciplinaire (géographie, ethnologie, agroéconomie), et selon trois axes : paysages (structures matérielles et dynamiques vs pratiques et représentations des acteurs) ; processus de transformation (tourisme et patrimonialisation, dynamiques rurales, gouvernances territoriales) ; articulations entre dynamiques socioéconomiques et recompositions identitaires (intégration/marginalisation, appartenance et ethnicité). L’ambition comparative affirmée du projet repose sur ce schéma de recherche commun aux cinq terrains, mais aussi sur des terrains croisés entre chercheurs, dont les publications finales porteront la marque en privilégiant les textes comparatifs écrits à plusieurs mains.

- Présentation du projet ANR

Voir en ligne : Site web du programme