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Allix Etienne

Recyclage et intégration des récupérateurs de déchets dans les villes du Sud : action publique et diffusion de modèles internationaux

par Muriel - 14 mars 2016

2015

Direction : Patrice Melé, co-direction Bénédicte Florin

Résumé :

La croissance des populations urbaines couplée à l’évolution des modes de production et de consommation générant davantage de restes font de la gestion des déchets des villes en développement un problème majeur. D’abord préoccupés par la mise en place d’un service d’évacuation indifférenciée des ordures hors de la ville, les pouvoirs publics se tournent désormais vers l’institutionnalisation de systèmes de collecte sélective des déchets ménagers. Sous l’effet des préoccupations pour la protection de l’environnement véhiculées par des ONG et les bailleurs internationaux, ce changement de référentiel entraine des reconfigurations des services de gestion des déchets : l’attention se porte sur la nature des déchets afin d’y adapter des modes de collecte spécifiques et sur les activités de récupération. En raison de la forte précarité qui caractérise les pratiques informelles de récupération, les mutations à l’œuvre vont de paire avec une redéfinition des cadres de l’action publique territoriale entre gestion de la pauvreté et optimisation d’un service urbain devenu essentiel. La diversité des formes de récupération, leur nature « transjuridictionnelle » et leurs « territorialités propres » sont autant de facteurs qui rendent complexe la mise en œuvre de systèmes socio-techniques répondant à ces deux enjeux. Si, dans les métropoles latino-américaines ou celles du monde arabe, les pratiques et les organisations socio-spatiales des récupérateurs diffèrent, tous semblent être confrontés aux mêmes difficultés, intrinsèques à leur travail : une marginalisation sociale et une dépendance économique à des filières très hiérarchisées et, pour certaines, connectées à un marché mondialisé. Face à cette complexité, les acteurs de la coopération internationale ou bilatérale tentent de simplifier la tâche des acteurs publics locaux en élaborant et diffusant des modèles internationaux supposés réadaptables d’un territoire à un autre. À Buenos Aires, en Argentine, les coopératives de récupérateurs peinent toujours à bénéficier d’une reconnaissance professionnelle, à s’insérer dans les schémas institutionnels et à peser dans les décisions sur la gestion des territoires urbains. À Rabat et Casablanca, au Maroc, la coopérative semble constituer une solution adéquate pour les décideurs afin d’améliorer les taux de recyclage tout en intégrant l’activité de récupération informelle : « organisation en coopérative » est ainsi considérée comme le modèle à suivre. Dans ce contexte de réformes des services urbains de gestion des déchets ménagers, largement influencées par la circulation de modèles internationaux, les mutations qui en résultent tendent-elles à reconsidérer les modes de gestion des déchets et le rôle des récupérateurs ou visent-elles en priorité l’optimisation des flux de matières depuis les marchés urbains du recyclage vers un marché mondial ? La comparaison des situations à Buenos Aires, Casablanca et Rabat permettra d’interroger le modèle de la coopérative comme réponse à la situation de marginalité et de précarité des récupérateurs. Cette mise en perspective tentera aussi de montrer les diverses formes de structuration des marchés intérieurs du recyclage, avec les rôles, positions ou évictions de certains acteurs. Elle cherchera à analyser les processus de la « mondialisation par le bas » qui influe sur l’action des acteurs, qui oriente les filières et flux de matériaux et qui recompose ces marchés urbains. Le travail s’attachera aux jeux d’échelles entre territoire urbains, régionaux, nationaux ou internationaux par le biais de la circulation des déchets ; elle y articulera les jeux d’acteurs dans le cadre des réformes en cours des systèmes de gestion, des reformulations de l’action publique et de la convoitise croissante pour ces matières premières secondaires qui suscite l’émergence de nouveaux acteurs ; elle se situera, enfin, à l’interface du « formel » et de l’ « informel » et dans l’entre-deux des politique urbaines et des dynamiques sociales dans le domaine des déchets.