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Ramos Victoria

Comment peut-on être végétarien ? Sociologie d’une pratique alimentaire

par Muriel - 3 novembre 2016

Thèse débutée en 2016

Direction : Mathias Millet

Résumé :

La thèse portera sur la fabrication sociale des dispositions alimentaires, des pratiques et des catégories de pensée afférents, en s’intéressant plus particulièrement aux phénomènes de conversion au végétarisme. À la différence de nombreux travaux sur l’alimentation (Poulain, 1985 ; Fischler 1990 ; Corbeau, 1997) qui se centrent exclusivement sur les comportements alimentaires, l’étude du végétarisme constituera une entrée pour mener une sociologie des processus de construction et de transformation des dispositions individuelles, et plus largement des styles de vie dans lesquels ces processus s’enchâssent (orientations politiques, rapport à la santé, relation aux animaux et à l’environnement, etc.). Au-delà de sa dimension alimentaire, le végétarisme constitue en effet un observatoire privilégié pour l’analyse des systèmes de goûts différenciés dans l’espace social et offre à cet égard un terrain tout désigné pour accéder à l’espace des positions et prises de position dans lequel s’inscrivent les pratiques alimentaires et les styles de vie associés (Bourdieu, 1979).

Si l’on dispose de quelques travaux scientifiques sur les significations du végétarisme (Ossipow, 1997 ; Ouédraogo, 1998), la structure des repas végétariens (Ossipow, 1997), ou encore la dimension militante du véganisme - par exemple les groupes antispécistes (Dubreuil, 2013) - la question de l’apprentissage du végétarisme et de ses logiques sociales reste méconnue. En effet, en adoptant une pratique alimentaire à distance des normes dominantes, les individus doivent apprendre à s’alimenter autrement, mais aussi à faire avec les contraintes que cette pratique impose dans diverses circonstances de la vie sociale. De même, si le végétarisme peut s’ancrer dans la continuité d’une pratique familiale (Ossipow, 1997), il fait généralement l’objet d’un « travail de transformation de soi » (Darmon, 2003, p.243) par le remaniement d’habitudes acquises dans le cadre d’un modèle omnivore dominant, cette conversion dépassant le cadre alimentaire.

La thèse se donnera pour objectif de saisir les divers processus de socialisation (familiaux, amicaux, scolaires, etc.) à la pratique végétarienne, la manière dont celle-ci s’inscrit dans la trajectoire sociale des individus et dans des contextes socio-historiques définis. Il s’agira de comprendre comment s’opère le passage d’une pratique alimentaire à une autre en fonction des motivations et de l’engagement qui les sous-tendent, comment se constituent et s’aménagent les dispositions des individus tout au long de leur trajectoire, comment s’opère le processus de transformation de leur style de vie.

Dans cette perspective, différentes démarches seront mises en œuvre. En premier lieu, un travail sur archives sera effectué afin de reconstituer les cadres socio-historiques du végétarisme. Des sources variées seront dépouillées et analysées afin de saisir l’évolution du rapport aux animaux et à l’idée d’une souffrance animale, la production du modèle alimentaire contemporain et ses résistances, ainsi que le rôle des mouvements hygiénistes promoteurs du mode de vie végétarien. Les travaux existants seront également mobilisés (Agulhon, 1981 ; Baubérot, 2014 ; Carrié, 2013 ; Ouédraogo, 1994).

Deuxièmement, une enquête par entretiens et observations sera menée. Les entretiens biographiques permettront de comprendre les logiques de l’entrée en végétarisme, les manières dont la conversion est mise en œuvre et dont elle affecte différents domaines de la pratique. Les observations permettront de compléter les entretiens afin de saisir le végétarisme « en actes » (apprentissage de techniques culinaires, modes d’approvisionnement et d’organisation des repas, etc.), le rôle des groupes d’appartenance (cercles amicaux, associations, etc.) et des lieux de rencontre (espaces privés, commerces spécialisés, événements réguliers ou ponctuels).

Ces entretiens et observations auront lieu, en partie, dans le cadre d’associations comme l’Association Végétarienne de France ou des associations locales, mais aussi d’autres groupes comme des organisations de défense des droits des animaux. L’entrée par le secteur associatif permettra d’analyser la dimension engagée du végétarisme. Cependant, afin de ne pas surévaluer ce mode d’être végétarien, une partie des entretiens et des observations se déroulera dans des boutiques et restaurants spécialisés. Enfin, d’autres enquêtés seront contactés par l’intermédiaire de cercles d’interconnaissances, à partir des enquêtés rencontrés au préalable ou par le biais des réseaux sociaux. Il sera ainsi possible de diversifier la population d’enquête et d’éviter au maximum les effets d’« enclicage » (De Sardan, 1995).

Une soixantaine d’entretiens seront ainsi réalisés, dont une dizaine de suivis longitudinaux de végétariens « débutants » ou non-installés dans la pratique, afin de saisir les transformations des dispositions et du mode de vie à l’œuvre dans le processus de conversion au végétarisme.