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Jendoubi Cyrine

La production des quartiers informels dans le Grand-Tunis : entre pratiques émancipatrices et politiques de réhabilitation

par Muriel - 26 octobre

Thèse débutée en 2017

Direction : Nora Semmoud

Le Grand-Tunis, la région la plus urbanisée en Tunisie, témoigne de véritables mutations dans l’espace depuis plusieurs décennies. Face à des enjeux métropolitains et à une « internationalisation des politiques publiques » (Legros, 2007), un intérêt majeur a été porté vers les grands projets d’urbanisme pouvant assurer une image valorisée de la Tunisie. Dans ce contexte, les populations moyennes et modestes se sont trouvées exclues du marché foncier formel qui était essentiellement destiné à des catégories solvables. Ces inégalités feront appel à une forme d’urbanisation qui va répondre aux besoins de ces populations ; il s’agit de l’habitat informel qui s’est positionné comme une forme alternative de production foncière.

Ce travail va s’intéresser donc à l’étude de ce type d’urbanisation qui a engendré diverses métamorphoses à l’échelle spatiale. Décrit comme une urbanisation d’« émanation populaire » (Deboulet, 1994), l’habitat informel incarne dans les pays en voie de développement une forme alternative qui permet toutefois de répondre à une certaine volonté d’accès à une propriété. Rêvant d’un idéal urbain, les habitants orchestrent les opérations d’aménagement de leur lieu de vie en déployant leurs efforts et leurs simples connaissances.

La focale sera donc placée tout au long de ce travail sur cette forme d’émancipation et les capacités déployées par les habitants dans le développement de leur propre lieu de vie ; ces dernières sont à la fois urbanistiques via la promotion de ce type d’habitat mais aussi sociales à travers les liens sociaux soudés entre les différentes populations. Ces rapports seront ensuite un véritable moteur pour les mouvements contestataires scandant un certain « droit à la ville » (Lefebvre, 1968). Nous nous intéresserons donc à mettre en perspective cette véritable forme d’empowerment où les habitants s’approprient ces territoires et vont les « modeler » en fonction de leurs propres besoins. Ceci nous mènera à étudier cette mobilisation habitante tout en s’interrogeant sur les différents obstacles qui peuvent limiter cette dernière. Un intérêt majeur a été porté vers les urbanisations informelles en Tunisie vu qu’elles présentent un prototype de mobilisations habitantes dans les mouvements pré-révolutionnaires.

En second temps, cette recherche va souligner les différentes politiques de réhabilitation qui sont mises en place dans la cadre d’intégrer ces quartiers et d’améliorer les conditions de vie des habitants. Nous nous intéresserons à déterminer la nature de cette intervention et les divers enjeux qui s’occultent derrière ce slogan d’ « intégration sociale ». Toutefois, nous questionnerons les répercussions de ces opérations de réhabilitation sur l’implication et l’engagement de l’habitant dans le développement de son propre lieu de vie.

Notre réflexion va s’organiser autour des questionnements suivants : Comment peut-on caractériser cette forme d’émancipation ? Comment cette dernière pourrait-elle déterminer la nature des rapports entre Etat et habitants ? Peut-on parler d’un jeu d’inter-influence entre ces politiques de réhabilitation et la mobilisation habitante au sein de ces quartiers ?

En mettant en perspective cette forme d’émancipation des populations, notre étude va dès lors dépasser le clivage de formel / informel qui pourrait toutefois sous-estimer les efforts et les compétences déployés par ces habitants dans le développement de leurs lieux de vie. Ce travail s’articulera donc autour des axes suivants :

1/Le premier axe appréhende la production des quartiers informels comme étant une source d’empowerment.

2/Le deuxième axe va s’intéresser à évaluer les diverses politiques de réhabilitation se rapportant à ces entités urbaines. En premier temps, notre réflexion s’articulera sur l’influence de ces opérations sur l’implication de l’habitant dans le développement et la gestion de son quartier. En second temps, nous analyserons les divers enjeux qui sont occultés derrière ces opérations.

3/Le troisième axe va s’intéresser à l’étude du devenir de ces quartiers dans un contexte de décentralisation.

Afin de répondre à la problématique et aux hypothèses de départ, un travail terrain sera réalisé. Le quartier Taieb Mhiri 3 à Rades dans le gouvernorat de Ben Arous sera pris comme étude de cas. Il s’agit d’un quartier informel qui s’est développé après la révolution. Toutefois, Une enquête sur terrain sera menée. Elle fera appel à deux approches :
- Une approche quantitative : en se basant sur le questionnaire comme outil d’investigation pour la collecte de données. Ce dernier sera destiné aux habitants et aux acteurs publics concernés. Ce travail va nous aider donc à comprendre la manière de production de ce morceau de la ville et la manière d’intervention de l’Etat au sein de ces quartiers.

- Une approche qualitative : en s’appuyant sur des entretiens semi-directifs auprès des habitants et des acteurs publics concernés. Le but est de se renseigner sur le mode d’organisation entre les habitants pour la gestion de leur lieu de vie et la logique derrière les politiques de réhabilitation qui tendent à réguler ces entités urbaines. En second temps, une observation sur terrain sera mobilisée afin de s’informer sur le vécu de ces populations et la nature des rapports sociaux entre elles.

Références bibliographiques :

- DEBOULET A., 1994, Vers un urbanisme d’émanation populaire. Compétences et réalisations des citadins. L’exemple du Caire, Thèse de doctorat, Institut d’urbanisme de Paris, Université Paris-XII, 729 p.

- LEFEBVRE H., 1968, le droit à la ville, Editions anthropos Paris, 135p

- LEGROS O., 2007, L’internationalisation des politiques urbaines et ses effets sur le gouvernement des villes du " Sud " : Réflexions à propos de l’équipement des quartiers mal lotis de Dakar et de Tunis. Territoires en action et dans l’action, Presses universitaires de Rennes, pp.229-240.