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Accueil du site > Actualités > Séminaire « Rashomon au Sahara ou L’art de la (dé)construction des vérités »


Séminaire-débat

Séminaire « Rashomon au Sahara ou L’art de la (dé)construction des vérités »

Séminaire-débat autour du projet Rashōmon in the Atlantic Sahara : Memories and Places in the ‘Ifni-Sahara war (1956-1958), financé par la Gerda Henkel Foundation, Düsseldorf

16 janvier 2018

Mardi 16 janvier 2018, 14h-17h, MSH Val de Loire, salle polyvalente

lberto López Bargados (Un. Barcelone) – Francesco Correale (CNRS – UMR 7324 CITERES, Tours) avec la participation de Camille Evrard (Un. Toulouse II J. Jaurès / FRAMESPA) – Jean Philippe Corbellini (MSH Val de Loire, Tours)

Introduction

En 1950 Akira Kurosawa, véritable maître du cinéma japonais, réalise Rashōmon, film qui s’inspire des contes de Ryūnosuke Akutagawa (1915) se déroulant dans le Japon de la période Heian (8e – 12e siècle). Trois personnages se protègent d’une forte pluie sous la porte d’un temple et entament une conversation relative à un double crime ayant eu lieu quelque temps auparavant : le viol d’une femme et l’assassinat de son mari, un samurai. Les trois hommes font ensuite référence au procès organisé pour éclairer les faits et punir leurs auteurs. Le film emprunte la technique du récit interactif pour relater les témoignages des différents personnages : l’assassin présumé, l’épouse violée, un bûcheron et même le samurai tué, qui fait sa déclaration par l’intermédiaire d’un médium. Au cours du procès, quatre versions différentes du même événement meurtrier sont présentées, chacune parfaitement cohérente et vraisemblable mais contradictoire et inconciliable avec les autres. Les dilemmes épistémologiques que Rashōmon illustre – les énormes décalages entre les quatre récits, les paradoxes qui s’alternent dans le processus de construction de la vérité ainsi que l’appréciation de la subjectivité dans la construction de la narration – ont engendré l’élaboration d’un paradigme interprétatif en SHS dénommé « effet Rashōmon », dont les déclinaisons et l’impact ont été largement analysées récemment par un ouvrage collectif publié sous la direction de B. Davis, R. Anderson et J. Walls (2015).

Objet du séminaire-débat

En tant qu’instrument épistémologique, l’ « effet Rashōmon » semble pouvoir s’appliquer parfaitement à l’analyse d’une série d’événements historiques regroupés sous le nom de « guerre d’Ifni-Sahara » (1956-1958), dont l’examen des implications contemporaines constituera la première partie de ce séminaire-débat. En effet, depuis mars 2017, Alberto López Bargados et Francesco Correale dirigent un projet de recherche sur ces événements, dont le but est d’illustrer la panoplie de récits narratifs de la guerre adoptées par les vétérans marocains, sahraouis, espagnols et français eu égard à leurs retombées contemporaines sur la configuration des nationalismes de la région maghrébino-saharienne. Au terme de ce projet, financé par la Fondation Gerda Henkel de Düsseldorf, seront réalisés un film documentaire ainsi qu’un web document. L’équipe est également composé par Camille Evrard et Jean Philippe Corbellini, qui interviendront au cours du séminaire, et par José González Morandi, cinéaste professionnel.

La deuxième partie du séminaire portera quant à elle sur les issues épistémologiques du projet, proposant des réflexions qui pourront s’étendre à d’autres cas d’études que le Sahara Occidental. On interrogera notamment la notion de vérité scientifique en même temps que la construction des objets d’études, des focus et des interprétations. Concrètement, peut-on réellement aspirer à une neutralité, voire objectivité des rendus scientifiques en SHS ? Peut-on expliciter les aprioris qui conditionnent l’enquête ? Comment s’articulent conditionnements extérieurs (politiques, sociaux, etc.) et perception subjective dans la construction d’une narration ? Quel rôle joue la modalité d’accès au terrain dans l’élaboration d’une « vérité scientifique » ?

La troisième et dernière partie du séminaire abordera l’utilisation d’outils audiovisuels permettant à la fois de présenter un état de la recherche ainsi que d’ouvrir des nouvelles pistes de réflexion de caractère épistémologique.