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Le Voguer Nathanaël

La fabrique des paysages agraires depuis le Néolithique en région centre-Val de Loire

Thèse débutée en 2018

Direction : Xavier Rodier et co-encadrement par Samuel Leturcq

Financement : Contrat doctoral (financé par la région Centre-Val de Loire)

Depuis les travaux pionniers de Marc Bloch et Roger Dion dans les années 1930, le paysage est un objet scientifique majeur pour comprendre le fonctionnement des sociétés passées. A partir des années 1970, historiens et archéologues britanniques (notamment David Hall, Trevor Rowley, Alan Baker) lancent de grandes enquêtes régionales avec des méthodes innovantes et réécrivent l’histoire des paysages de champs ouverts. Depuis les années 2000, la multiplication des campagnes de télédétection LiDAR (Light Detection And Ranging) livre des données totalement inédites sur de très grandes surfaces qui renouvellent en profondeur notre connaissance de l’histoire des paysages et des sociétés qui les ont formés.
Les forêts, plantées sur des espaces autrefois cultivés, sont aujourd’hui des conservatoires de microreliefs agricoles fossilisés sur des dizaines de km², repérés par le LiDAR, cartographiés et datés (figure 1). La thèse a pour objectif de comprendre, grâce aux données nouvellement acquises, comment se sont construits les paysages de grande culture. Une approche diachronique, depuis les périodes les plus anciennes jusqu’aux campagnes modernes, doit permettre de travailler dans la longue durée en se détachant des présupposés chronologiques associés aux formes agraires. Il est aussi primordial d’observer des paysages variés afin de comprendre l’influence des contextes géomorphologiques et des traditions culturales.

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Figure 1 : Exemples de microreliefs agraires détectés grâce à un relevé LiDAR réalisé dans la forêt de Boulogne et sa lisière (Huisseau-sur-Cosson, Loir-et-Cher)

La région Centre-Val de Loire, qui se caractérise par la variété de ses paysages et des modes d’occupation du sol (plateaux céréaliers de la Beauce et de la champagne berrichonne, zones humides de Sologne et de Brenne, vallées viticoles), offre un terrain d’étude propice pour une série d’études micro-régionales (Toury en Beauce (Eure-et-Loir), Beaugency (Loiret), Blois-Chambord (Loir-et-Cher) par exemple) à mettre en perspective avec les zones conservatoires des massifs forestiers explorés par le LiDAR. La combinaison de ces travaux invite à poser l’hypothèse de l’existence ancienne d’un paysage ouvert sur un vaste territoire de la région Centre-Val de Loire, dont la mise en place pourrait remonter à l’époque gauloise ou romaine, et en partie conservée jusqu’aux remembrements récents lorsqu’elle n’a pas été remplacée par des massifs boisés.

L’originalité de ce sujet repose sur l’utilisation de sources diverses (textes, cartes et plans anciens, données archéologiques) mobilisées dans un SIG (Système d’Information Géographique) selon une méthode régressive en partant des paysages actuels. La source archéologique principalement utilisée sera le relevé des microreliefs d’origine agricole (fossés, talus, crêtes de labour, tas d’épierrement…), révélés par les modèles numériques de terrain à haute résolution tel que le Référentiel à Grande Echelle (RGE ALTI) de l’IGN qui décrit les variations morphologiques du sol avec une précision altimétrique entre 0,2 m et 0,7 m pour la quasi-totalité de la région Centre-Val de Loire (figure 2). Ce jeu de données offre une continuité parfaite avec ceux de l’ONF et du programme de recherche SOLiDAR pour les milieux forestiers. Cette thèse doit offrir de nouvelles perspectives concernant les processus de formation des openfields, c’est-à-dire des paysages structurés par une trame parcellaire de champs ouverts laniérés rangés dans des quartiers de culture en relation avec une organisation sociale communautaire des villages médiévaux et modernes.

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Figure 2 : Modèle Numérique de Terrain (MNT) partiel de la région Centre-Val de Loire (source : RGE Alti, IGN)

La structure du paysage révélée par les données récentes semble le plus souvent stable dans le temps malgré la variation des conditions environnementales, des modes et des natures de cultures et des organisations sociales. Toutefois, même si l’origine de la forme de ce paysage est difficile à déterminer, derrière cette permanence apparente, les découpages parcellaires internes connaissent depuis l’Antiquité au moins des phases de densification ou de relâchement révélatrices de transformations sociales importantes.