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Henni Roufaïda

Itinéraire des étudiants algériens en France. Du parcours d’étude à l’épreuvre de la migration

par Muriel - 12 novembre

Thèse débutée en 2018

Direction : Mathias Millet

Financement : doctorant

Résumé :

Cette thèse porte sur l’analyse sociologique des processus migratoires des jeunes algériens venant étudier en France. La situation de ces étudiants atteste d’un ensemble de contradictions qui interrogent les logiques et les conditions de leurs processus migratoires. M. Foual montre en 2008 que ceux-ci rencontrent de nombreuses difficultés administratives, économiques et de séjour lors de leur parcours d’étude. La législation française et algérienne a évolué en faveur d’un durcissement des conditions d’inscription et d’entrée sur le territoire français [Geisser, 2000]. Dans ce cadre et alors que les processus de sélection (par les universités françaises, Campus France le service des visas) rendent le projet de migration vers la France difficile, long et incertain, les candidats algériens à un séjour d’étude dans les universités françaises s’avèrent toujours plus nombreux. En 2015-2016, ils étaient 22 600 à y être inscrits et le ministère de l’Intérieur mentionne une croissance de 5,4% du nombre de visas étudiants délivrés par le consulat français en Algérie. Le cas récent de l’affluence de jeunes algériens devant l’institut français d’Alger pour passer le TCF (test de connaissance à la langue française, nécessaire pour candidater à un séjour d’étude en France) confirme ces tendances et met en lumière une contradiction apparente. Celle d’une jeunesse étudiante algérienne toujours plus nombreuse à candidater pour étudier en France alors même que les conditions objectives de départ et d’installation se durcissent. Peu investigués, ces constats nous incitent à questionner les conditions de fabrication et de réalisation de ces migrations étudiantes, et leurs conséquences biographiques. Dans quelles conditions se fabriquent ces parcours d’étude loin de chez soi ? En quoi ces multiples contraintes (économiques, administratives, cognitives et scolaires) produisent-elles des effets sur leurs projets d’études ? Dans quelles mesures l’épreuve de la réalité de l’installation en France reconfigure leur parcours d’étude et projet migratoire ?

Les études conduites jusqu’alors se concentrent principalement sur les difficultés administratives et économiques auxquelles ces étudiants sont confrontés avant et après leur départ d’Algérie. Or les différences entre le fonctionnement universitaire algérien et français [Sebane, 2008 ; Ibrahimi, 1995] laissent par exemple à penser que ces étudiants pourraient également rencontrer des difficultés linguistiques et pédagogiques. En outre, lorsque ces étudiants parviennent à obtenir leur départ, ils se retrouvent souvent pris dans une série de contraintes doubles à l’origine de tensions difficiles à concilier. Des tensions entre leurs conditions matérielles d’existence (et souvent la nécessité de travailler) et l’investissement dans leurs études, mais probablement aussi entre les habitudes d’études acquises en Algérie et le fonctionnement universitaire français, le fonctionnement administratif algérien et la bureaucratie française, la vie en France et la vie au pays, les représentations de ceux restés au pays et les réalités de la vie en France. L’apport de la thèse sera ainsi de mettre à l’étude ces différentes dimensions peu étudiées de la carrière migratoire de ces étudiants.

L’optique développée consiste à penser le processus migratoire des étudiants algériens comme un processus de socialisation (Sayad, 1977 ; Berger et Luckmann, 1986), ancré dans des configurations migratoires « complexes » à reconstruire (articulant réalités historiques, nationales et politiques, institutionnelles et scolaires, familiales). L’objectif de la thèse est de penser les carrières migratoires encore mal connues de ces étudiants, de la conception jusqu’aux effets biographiques. Il s’agit d’en saisir les différentes étapes, les changements de perspectives et bifurcations, les régularités et les singularités (Hugues, 1996 ; Strauss, 1992). La thèse se propose d’analyser les carrières migratoires de ces étudiants en insistant sur trois moments clés des parcours : la genèse via l’étude des conditions de possibilité et des éléments préparatoires du départ ; la migration via l’étude des conditions de départ et d’installation ; les conséquences biographiques à travers l’étude des effets sur les orientations du parcours et des études de la confrontation aux réalités sociales, économiques, scolaires du pays d’accueil. Cette thèse constituera un apport à la sociologie des migrations, aux études sur l’Algérie et les pratiques étudiantes. Elle ambitionne aussi de contribuer à la sociologie de la socialisation, soucieuse de saisir des mécanismes généraux de la formation et de la transformation des individus dans la société.

Le dispositif d’enquête se propose d’articuler : - une ethnographie de la socialisation (par observation et entretiens) susceptible d’éclairer la genèse des dispositions à la migration chez ces étudiants, les logiques d’installation et d’études en France et leurs effets biographiques ; - une objectivation statistique des caractéristiques sociodémographiques de ces étudiants via la production et diffusion d’un questionnaire ; - une approche historique restituant ces carrières migratoires vers la France au sein des transformations scolaires, économiques et politiques de la société algérienne et des rapports sociaux nouant cette dernière à la société française. Un double terrain mené en Algérie et en France permettra d’investiguer ces carrières migratoires. Investir une université algérienne et française (Benyoucef Benkhedda d’Alger, de Tours et de Poitiers) nous permettra de suivre ces étudiants dans leur parcours d’étude. Seront en outre sollicités les membres de l’ADRRA et de Campus France pour l’accès aux étudiants algériens entre la France et l’Algérie.