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Aywouondinine Kouotou Jean Honoré

« Agriculture et P lanification urbaine : Cas de la Commune de Foumbot au Cameroun »

par Muriel - 6 décembre 2019

2019

Direction : José Serrano

Projet de thèse :

CONTEXTE DE L’ETUDE. Depuis plusieurs déc ennies, nous assistons à des transformations socioéconomiques rapides dans le monde entier. Presque partout, l’évolution structurelle de l’économie a entraîné une augmentation des revenus, un recul de la pauvreté et une progression de la sécurité alimentaire. Malgré ces résultats, quelques 700 millions de personnes vivent encore dans une extrême pauvreté et près 815 millions souffrent de la faim chronique (FAO, 2017a ; FAO, FIDA, OMS, PAM et UNICEF, 2017). Parallèlement, la population mondiale devrait passer de quelque 7,3 milliards aujourd’hui à près de 9,8 milliards d’ici à 2050, une hausse qui sera majoritairement imputable aux régions en développement. La population des pays à revenu faible pourrait doubler, pour s’établir à 1,4 milliard d’habitants. Nourrir l’humanité nécessitera d’augmenter de 50 pour cent la production d’aliments et d’autres denrées agricoles entre 2012 et 2050. Ainsi les deux premiers objectifs de développement durable (ODD), à savoir éliminer la pauvreté et la faim à l’horizon 2030, ne pourront être atteints qu’à condition que la croissance économique profite au plus grand nombre. Conjointement, le monde devient de plus en plus urba in et la plupart des villes se construisent sur de terres fertiles et propices à l’agriculture. En France pa r exemple, la forte croissance démographique est à l’origine d’une réduction d’environ 2 000 hectares par an de ter res agricoles qui servent de soc le pour la pratique de l’agriculture urbaine la quelle à une multifonctionnalité (nourricière, sociale, économique, environnementale et paysagère). Plus loin, l’on démontre que le développement devrait principalement intervenir dans les villes de petite et moyenne ta ille, non dans les mégalopoles . Par ailleurs, les villes du monde ne recouvrent que 2,8% de la surface de la planète, mais sont responsables de 78% des émissions de carbone, de 76% de l’usage du bois et de 60% de l’usage de l’eau. Ainsi l’accélération de l’urbanisation sera un des enjeux majeurs de notre société car l’espace occupé par les agglomérations urbaines augmente plus rapidement que la population ur baine elle-même avec des répercussions sociétales et environnementales importantes. De 2000 à 2030, celui-ci doit augmenter, au niveau mondial, de 72 %, alors que la superficie bâtie des villes de 100 000 habitants et plus pourrait s’accroître de 175%. Cette conjecture est tout au moins envisageable en Afrique. Les statistiques de l’ONU-HABITAT sur le continent africain, mont rent que sur plus d’un milliard d’habitants en 2010, 413 millions (soit 40%) vivent en ville . Par ailleurs, la croissance annuelle de la population urbaine en Afrique Subsaharienne approche les 5%, soit deux fois supérieure à celle des pays d’Amérique Latine et d’Asie (Kajumulo Tibaijuka Ana , 2007). Le corollaire immédiat de cette forte urbanisation est une croissance urbaine débridée une augmentation des besoins en espaces habitables, des services urbains (eau, électricité, assainissement ...) et des équipements. Dans notre continent ce phénomène n’est toujours pas encadré ce qui fait qu’on observe dans ces territoires l’occupation anarchique de l’espace urba in et des zones naturelles, une mauvaise répartition des activités sur le territoire, une détérioration du paysage et des modes de vies, une perte d’identité territoriale, une diminution des terres agraires et une augmentation du taux de chômage comme le réitère respectivement Oloto. et Delfau.  : « Les pays africains souffrent d’un manque de planification du développement des zones périurbaines »et «  les zones périurbaines se dégradent continuellement. L’extension urbaine pose non seulement le problème de la préservation de la biodiversité, mais aussi et surtout celui de la diminution de l’espace agricole des populations riveraines. La ville s’étale en réduisant les possibilités de production agricole qui restent dépendantes des ressources naturelles ». Il est donc clair que la maîtrise de l’urbanisation et de ces conséquences se pose et reste un enjeu majeur pour la plupart des territoires et celui la commune de Foumbot en particulier.

PROBLEMATIQUE. Avec la plus petite superficie cultivable dans la sous-région CEMAC selon la FAO en 2009, le Cameroun dispose juste de 5 100 000 hectares de terres cultivables où actuellement 1900 000 ha sont cultivé. Mais alors, son phénomène urbain présente les mêmes caractéristiques que celui observé sur le continent africain. Le taux d’urbanisation au Cameroun est en constante évolution (10,2% en 1960, 52% en 2010, 57,3% en 2020) (RGPH, 2005). Face à cette situation, les mesures prises pour accompagner « ce boom urbain »en termes de planification de l’occupation des sols ont été en deçà des attentes ce qui a favorisé un développement urbain incontrôlé, une occupation anarchique des espaces, une ségrégation spatiale et sociales importante due à l’accès difficile aux équipements et services de base, une occupation des espaces natur elles, une absence de trame via ire, une dégradation de l’environnement, un empiètement important des terres agricoles etc.... Ce scenario chaotique visible dans les grandes métropoles camerounaises est une réalité aujourd’hui à Foumbot. Sur le plan géographique, Foumbot est commune de 579 km2 située à 25 Km de Bafoussam (Chef-lieu de la région de l’Ouest/Cameroun), et à 48 km de la ville touristique de Foumban (chef- lieu du département du Noun) et a été créée par ordonnance no59-67 du 27 Novembre 1959. Foumbot est une ancienne ville caféière de la rive gauche du Noun perchée au pied du Mont Mbappit (2 352 m de hauteur) est ceinturée par des anciennes plantations de café transformées en fermes de production de cultures ma raîc hères et vivrières. Cette commune englobe 22 localités dont 10 qui constituent le périmètre ur bain et les 12 villages la zone rurale. Sur le plan démographique, Foumbot a connu de mutations importantes. Quasiment rural, il y a quelques décennies, Foumbot a vu sa population passée de 8 117 habitants en 1964 à 76 486 habitants en 2005 soit une multiplication par neuf en l’espace de quarante ans. Son taux d’urbanisation en 2005 étant 65.82% l’on obtient une population urbaine de l’ordre de 50 350 habitants. Des lors, on estime e n 2017 sa population à 138 970 habitants et en appliquant le taux d’accroissement annuel qui est de 2,6%, l’on obtient en 2019 à Foumbot une population d’environ 146 290 habitants installée sur l’ensemble du territoire communal. La croissance démographique dans cette commune va davantage prendre de l’ampleur surtout avec les flux migratoires qu’elle cannait actuellement. Or nous savons qu’une croissance démographique non encadré par un document de planification comme c’est le cas actuellement a des conséquences néfastes sur le milieu naturel (diminution rapide des terres agricoles, disparition des forêts et la pollution des cours d’eau etc.... ). Sur le plan économique, la commune est restée pendant plusieurs décennies un centre de collecte et d’exportation de café bamoun. Mais les crises caféières de 1974 et 1987 vont fortement ébranler ce secteur de la production agricole et affecter la vie économique et soc ia le dans Foumbot et sa région. L’on a assisté dans un premier temps au déclin de la production dans les anciennes plantations coloniales et dans un second temps à la réduction drastique des surfaces caféières en milieu paysan. Les surfaces caféières fortement entamées passent de 54.055 ha en 1990 à 53.846 ha en 1991et à 7.889 ha de café en 2000 soit une réduction de 46 166 ha (85,40 %). Sur ces anciennes surfaces caféières, les agriculteurs ont développés les cultures maraîchères et vivrières marchandes qui ont cependant valablement remplacer le café en tant que culture de rente. Cette mutation est à l’origine de l’attractivité et du dynamisme économique dont Foumbot bénéficie aujourd’hui. D’ailleurs en raison de ses performances, Foumbot est qualifié de« Grenier agricole de l’Afrique centra le » . En effet, la ville est l’un des principaux centres d’approvisionnement en produits vivriers des villes du Cameroun et de la sous-région Afrique centrale. Se tenant trois fois par semaine (mardi, vendredi et dimanche), le marché de Foumbot est le théâtre de mouvements importants pour la consommation locale et le transport vers d’autres endroits au Cameroun et dans les pays voisins de la CEMAC. 30 à 50 camions (7 tonnes) de denrée alimentaire (tomate, poivron, poireaux, persils, choux, pommes de terre, maïs, ignames, patate douce, le piment, la morelle noire, carottes, les légumes et le haricot vert. et c.) partent régulièrement de la ville pour alimenter les marchés des villes voisines (Bafoussam, Dschang, Kribi, Edéa, Nkongsamba, Bafang Bamenda), des deux grandes métropoles camerounaises (Douala, Yaoundé) mais aussi ceux de la Guinée Equatoriale, le Gabon, le Nigeria. Notons qu’à cette date, selon les responsables du marché, environ 50 à 80 camions (7 tonnes) partent chaque semaine pour Yaoundé et Douala (350 à 560 tonnes/ semaine) et 15 à 20 camions (15 tonnes) pour le Gabon et la Guinée Equatoriale (225 à 300 tonnes/ semaine). Cette activité agricole qui est le moteur de l’économie de Foumbot n’est pas suffisant éJccompagné en ce sens que les principaux bassins de production reste nt enclavés (ma uvais état des voies) et qu’il y’a un manque d’équipements pour stocker, transformer et commercialiser les denrées alimentaires périssable. A cela s’ajoute l’absence généralisée d’étals de marché, les commerçants vendant à même le sol ; la proximité immédiate des routes principales, entraînant des embouteillages et à la pollution par les poussières ; le manque de lieux dédiés ou spécialisés par culture ; l’absence ou l’accès insuffisant à l’eau et aux installations sanitaires ; l’absence d’aires de stationnement et de points de chargement pour les camions ; l’absence de collecte des ordures et des déchets et les dynamiques spatiales et démographique qui favorise un étalement spatial excessif. Au-delà de l’activité agricole, la commune bénéficie de nombreuses autres potentialités susceptibles de booster son développement économique. Sur le plan naturel par exemple la commune possède d’une part un paysage pittoresque et idyllique constitué de chaine de montagnes (Mont Mbappit) et d’autre part de nombreux lacs (Lac Monoun et Lac Nfou) non aménagées pourtant une bonne base pour le développement de l’activité touristique. En plus, la commune dispose d’une gamme riche et variée de ressources minières (pouzzolane, les gisements de sable et de pierres, les latérites) utilisé dans le domaine de la construction. En ce qui concerne le potentiel touristique, il est non mis en valeur pour le moment. Sur le plan urbanistique, la forte croissance urbaine (Elle est passée de 13,08% entre 1964-1976 à 135,08% entre 1976-1987 avant de se consolider à 133,33% entre 1987-2005 qu’a connu Foumbot entre 1976 et 2005 et l’absence d’un document de planification à jour a concouru à un développement urbain anarchique marqué en général par : l’absorption des villages environnants qui ne faisait pas partir du plan sommaire d’urbanisme élaboré en 1976 (Koundoumbain, Njimbot 2, Njincha, Mbantou), la consommation irrationnelle de l’espace (étalement urbain), la prédominance d’une économie informelle, les conflits domaniaux impor1ants liés à la valeur grandissante des prix de parcelles, une insuffisance des services urbains de base (électricité, éclairage publique, réseau d’eau potable et celui d’assainissement) et d’équipements socio-collectifs de base (école, hôpital, espaces de loisir, espaces public etc.. ) dans la plupart des quartiers de la ville, les lotissements non conformes (quartier Mbantou, petit-paris), une prolifération des quartiers sous équipés et structurés dans le tissu urbain (Quartier Banso’o, Koundoumbain, Njimbot 2, Mbanjou, Mbantou etc..), l’insalubrité caractérisée et les problèmes de mobilités dans la ville. Au demeurant ce phénomène, n’entend point reculer car, la forte disponibilité foncière et la non maitrise de celui-ci fait en sorte que la ville continu de s’étaler rapidement (Nos investigations nous ont permis de remarquer la présence de nombreuses habitations et équipements en cours de constructions dans la périphérie urbaine au détriment des friches observées dans centre-ville) et de nombreux foyers d’urbanisation sont susceptibles de naitre du fait du raccordement de Foumbot à Bangangté par une voie bitumée (50 Km), de la construction en cours de la gare routière et d’un complexe marchand à Njimbot 2 au lieu- dit grand-champ et pour finir de la construction à la lisière de Foumbot et Bafoussam 1 de l’hôpital Gynéco-obstétrique, des logements sociaux et du stade Omnisport de Kouekong. Sur le plan environnemental, le développement urbain anarchique a entrainé la destruction des espaces naturels/biodiversité (au profit des habitations), la diminution des terres agricoles et pour terminer l’occupation des zones impropres à l’habitat à l’instar des nombreux cônes volcaniques aux pentes fortes (les sols très meubles et constitués de pouzzolane et insécurité mor pho hydrologique lié à la présence du Mont Mbappit.) et des lits de cours d’eaux N’koup où l’on enregistre des inondations durant saison de pluie. Les effets du développement urbain anarchique entachent sévèrement l’image de la commune et mettent par conséquent en péril sa durabilité, sa compétitivité, sa productivité et le rôle de moteur de développement économique et social qu’il devrait jouer en temps normal. Cette dynamique spatiale, démographique et économique a des conséquences importantes qui méritent une réflexion puisqu’elle met en mal la cohérence territoriale à Foumbot mais aussi la coexistence pacifique de l’urbain et du rural. A cet effet, nous trouvons judicieux d’encadrer le développement urbain de la commune de Foumbot pour qu’elle soit faite dans une démarche de développement durable (développement économique du territoire, une bonne qualité de vie sociale, une préservation de l’environnement), mais aussi dans le strict respect de l’urbanité et culturalité locale. Le questionnement sera centré sur le lien entre la pérennité de l’agriculture en milieu urbain et périurbain et la planification urbaine. A cet effet, nous allons faire le lien entre le statut foncier et l’activité agricole, analyser les déterminants de la gouvernance foncière et son incidence sur l’agriculture et la planification urbaine, mettre en évidence le rôle et la place de l’agriculture en ville, les conséquences d’un développement urbain non maitrisé sur les pratiques agricoles

OBJECTIF DE L’ETUDE. L’objectif principal de la thèse sera de mettre en regard la gouvernance foncière et l’organisation de de l’espace. Cette démarche originale peut constituer une voie riche d’enseignements pour une meilleure intégra tion de l’agriculture urbaine et périurbaine dans la planification urbaine.

METHODOLOGIE DE RECHERCHE La démarche et les outils méthodologiques déterminés pour la recherche s’appuient sur ceux éprouvés durant la recherche de Master 2, qu’il conviendra d’enrichir et de préciser : • Une recherche bibliographique croisant les approches disciplinaires, • Une approche qualitative : Par la réalisation d’entretiens semi-directifs auprès des acteurs locaux de territoire, impliqués à différents titres et degrés dans l’aménagement du territoire, les politiques environnementales de préservation de la biodiversité, des espaces agricoles urbains et périurbains, les pratiques, usages et activités structurantes du territoire. L’étude par entretien permettra d’appréhender les perceptions, décisions et actions des acteurs en présence, les points de conflits et difficultés rencontrées. • Méthode quantitative par questionnaires : une série de questionnaires sera réalisé auprès des populations résidentes, usagers et acteurs socioprofessionnels. Ce travail nous permettra de dégager les lignes directrices concernant les usages, pratiques et perceptions liées à la problématique, puis d’en tirer des conclusions à travers une analyse statistiques. • Une analyse paysagère : l’analyse paysagère nous permettra de réaliser un inventaire de l’habitat mais aussi la dynamique spatiale que cannait le territoire. .. Un traitement spatialisé des données : l’analyse spatiale sera utilisée. Il s’agit d’élaborer une cartographie des trames et sous trames, réaliser une représentation graphique des dynamiques spatiales identifiées en relations avec la structure et l’organisation de l’espace. Il est question pour nous de comprendre et reconstituer sur la base des données chiffrées le phénomène d’urbanisation, l’histoire de la création et du peuplement de la ville, la morphologie urbaine et l’histoire spatialisée de la transformation des périphéries, les recompositions/dynamiques sociales et spatiales, la production ur baine et la réception sociale des nouveaux quartiers, l’interaction entre les acteurs de la production urbaine Nous ferons usage des outils de télédétection dédiés pour atteindre cet objectif.