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Bou Abdo Etienne

"Les travailleurs « hyper-mobiles » en milieu urbain non métropolisé : entre nomadisme et ancrage"

par Muriel - 13 novembre 2020

Thèse débutée en 2020

Direction : Christophe Demazière

Projet de thèse :

Cette thèse propose d’analyser les relations ville-production en documentant l’essor du travail« hors les murs » des entreprises,son potentiel et ses limites pour le développement d’espaces urbains non métropolisés. Trois dynamiques documentées par les sciences sociales fondent ce projet. Premièrement, le déploiement généralisé des TIC permet à de plus en plus d’actifs (salariés ou indépendants) d’opérer à distance des locaux de l’entreprise, alors que ceux-ci étaient jusqu’à peu des lieux essentiels de coordination des tâches. Mais les limites du télétravail- résistance des manageurs intermédiaires,isolement social, difficile conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle- conduiront-elles au développement de third-places (tiers-lieux), entre l’entreprise et le domicile ? Les espaces de coworking,makerspaces ou hackerspaces seraient-ils alors de nouvelles balises de la ville productive ? Deuxièmement, les entreprises connaissent la montée du travail en mode projet, ce qui entraîne notamment une diversité croissante des statuts d’emploi (intérim,CDD,travail indépendant...), voire une précarisation. Troisièmement, une partie des actifs récemment entrés sur le marché du travail (générations Y et Z) rechercherait une relation« souple » à l’entreprise et valoriserait parfois les collectifs de travail auto-organisés. Au total, l’émergence de« nomades digitaux » ou de « travailleurs hyper­ mobiles » à « l’âge du faire » a des dimensions sociales et économiques,mais aussi des effets sur l’organisation spatiale de la« ville productive ». Les hypothèses que nous formulons sont les suivantes. Premièrement, la catégorie de« travailleurs nomades » est hétérogène, voire floue, au sein même d’un champ tel que « l’économie du savoir ». Elle demande à être précisée et documentée dans le contexte français. Deuxièmement, ces actifs sont certes mobiles,mais ils seraient aussi en recherche d’un ancrage social (même temporaire) au sein de tiers-lieux, ce qui contribuerait à expliquer l’essor de ceux-ci dans de nombreuses villes françaises, et pas seulement dans les métropoles. Troisièmement, ces tiers-lieux sont eux-mêmes territorialisés, quoique cette dynamique soit difficile à déchiffrer. En interne, les rapports sociaux sont-ils de « bon voisinage » ou porteurs de collaborations,voire d’innovation ? En externe, quels sont les effets réels des tiers-lieux sur les territoires, appréciés à différentes échelles géographiques ? Par ailleurs,sont-ils pris en compte ou encore ignorés par les politiques locales d’urbanisme et de développement ? Ces questions font débat. La thèse vise donc à caractériser les travailleurs « hyper-mobiles » et les modalités de leur« ancrage »dans des nouveaux lieux de travail et dans la ville. Différentes questions de recherche seront conceptualisées,mobilisant la littérature anglophone et francophone en gestion,géographie, urbanisme et architecture, puis seront renseignées sur le terrain. Pour parer au risque de décalage entre des catégories surplombantes et leur incarnation locale, on mettra, au centre du volet empirique de la recherche, les tiers-lieux dans lesquels opèrent des travailleurs« nomades ». En matière de terrain de recherche, on privilégie des espaces urbains non métropolisés français, considérant le biais des études urbaines en faveur des métropoles. Les enquêtes porteront sur une douzaine de villes de différentes tailles,au profil sectoriel diversifié,plus ou moins attractives, sous influence forte ou plus faible de la métropole parisienne. Deux régions seront privilégiées : le Centre-Val de Loire et la Nouvelle-Aquitaine. Elles sont toutes deux l’objet de politiques régionales volontaristes de soutien à l’émergence de tiers-lieux. La recherche est organisée en cinq étapes. Le premier objectif est de renseigner la dynamique de création et de diffusion des tiers-lieux dans les deux régions. Un atlas cartographique rendra compte de la diffusion spatiale des tiers-lieux à l’échelle régionale. Il quantifiera également la densité et la diversité des aménités productives et non productives dans leurs quartiers et villes d’insertion. Ceci permettra, dans un deuxième temps, d’analyser l’insertion physique,sociale et économique de 25 tiers-lieux dans les territoires. On maniera des données géolocalisées et de la visualisation des rues à 360 degrés. Les phases de terrain permettront d’effectuer des comptages, de caractériser chaque tiers lieu (architecture, disposition des espaces intérieurs,politique commerciale...) et d’interroger les gestionnaires de tiers-lieux. Le résultat sera une typologie des tiers-lieux. Troisièmement, nous explorerons la trajectoire professionnelle et les mobilités spatiales des travailleurs « nomades »,par le biais d’une enquête en ligne puis d’entretiens qualitatifs auprès d’une cinquantaine d’entre eux. En se basant sur les récits de vie, on restituera les motivations au « nomadisme » (part de contrainte et de choix...) et on caractérisera l’ancrage au sein d’un tiers-lieu (fréquence, liens forts ou faibles...). Ce volet interrogera la localisation et circulation du « nomade » hors d’une métropole (permanente ou temporaire ?) et les façons dont la situation sanitaire et économique actuelle est source d’un éventuel réaménagement du travail et de sa géographie. Ces questions feront un lien avec le quatrième volet de la recherche, qui explore les interactions entre travailleurs « nomades » au sein des tiers-lieux, en particulier dans la conduite de projets entrepreneuriaux. Le tiers-lieu procure-t-il des avantages répondant aux besoins du raisonnement« effectuai » de l’entrepreneur ? Nous interrogerons les résultantes au sein des territoires (image, régénération, usages de l’espace public, attractivité...). Enfin, l’analyse des effets avérés ou potentiels du tiers-lieu et de sa fréquentation sur l’économie locale et le tissu urbain sera discutée avec les acteurs locaux.