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Prospection en forêt domaniale de Châteauroux

Prospection pédestre

Contrat débuté en 2018, achevé en 2019
Responsable scientifique : Solène Lacroix

Cette prospection pédestre s’inscrit dans le cadre d’une thèse concernant « la production du fer dans les forêts du Centre de la France, le cas des forêts de Châteauroux (Indre) et de Boulogne/Chambord (Loir-et-Cher) au Moyen Âge » sous la direction de P. Husi (Ingénieur de recherche CITERES - HDR) et la co-direction de N. Dieudonné-Glad (professeur d’archéologie antique à l’Université de Poitiers - HERMA).

Au cours de ces dernières années, les agents de l’ONF ont recensé l’ensemble des structures métallurgiques de cette forêt. Jusqu’à présent aucune étude archéologique concernant la production du fer n’avait été entreprise dans cet espace pourtant préserver de 5 200 ha. Cette prospection thématique a révélé la présence de deux types de sites métallurgiques, il s’agit de 20 sites bicolores, constitués de sédiment rouge et noir associé à un ferrier, et de 16 sites comprenant un ferrier noir. Les sites bicolores sont souvent très étendus, ils mesurent entre 500 et 11 000 m2 environ, leur ampleur est donc très aléatoire. Les ferriers qui leur sont associés ont un volume hétérogène avec 11 individus mesurant moins de 1 000 m3 et 9 compris entre 1 001 et 8 000 m3. Les ferriers noirs ont un volume plus homogène, inférieur à 400 m3.

L’activité métallurgique mise en évidence dans le massif est définie par des ateliers de réduction du fer. Les vestiges mis au jour permettent de restituer sur presque tous les sites, l’emploi de bas fourneaux à scories écoulées. Les fours apparaissent arrondis, creusés directement dans le sol, mesurant environ 20 cm de diamètre pour 5 et 7 cm de profondeur en moyenne. Quelques vestiges laissent également supposer l’utilisation de soles, d’abord identifiées comme des « meules », définies par des objets circulaires avec une partie centrale fine (env. 1 à 2,5 cm) et une périphérie plus épaisse (4 à 5,2 cm). L’argile composant les parois de four présente une pâte similaire sur l’ensemble des sites, il est donc probable que les métallurgistes l’aient directement prélevée dans la forêt. En effet, des formations géologiques argileuses se trouvent à l’est, à l’ouest et au sud du massif. En outre, 12 sites (8 sites bicolores, 1 épandage associé à un site bicolore et 3 ferriers) montrent l’utilisation de structure de soutien en bois (ossature) facilitant la pose de l’argile lors de la construction des fours. En outre, on trouve régulièrement des traces de canaux de 5 à 8 cm de large creusés dans le sol devant les fours pour faciliter l’écoulement de la scorie. Enfin, 9 sites, présentent des traces de rechapage (bombements rectilignes sur les parois, couches superposées d’argile).

Les déchets de production métallurgiques permettent de définir le type de productions réalisées dans la forêt. On constate ainsi que les scories écoulées présentent une typologie classique avec une grande quantité de scories à cordons épais, des scories à cordons fins, des scories agglomérées, des scories en plaque et ridées. Ces différents sous-types de scorie tendent à suggérer l’existence de 3 profils de production différents au sein des ateliers de la forêt de Châteauroux. Le premier, et le plus représenté, comprend des scories très peu fluides que l’on retrouve sur des sites répartis dans l’ensemble du massif. Il s’agit principalement de sites bicolores. Le deuxième profil est défini par la présence en proportion importante de scorie à cordons agglomérés, observées principalement dans la partie ouest de la forêt sur des ferriers noirs. Enfin, le troisième profil est caractérisé par une proportion plus importante de scories témoignant d’une bonne fluidité de la matière. Les sites présentant ce profil se trouvent principalement dans la partie sud et sud-est du massif et sont surtout des ferriers noirs et/ou des ateliers de moyennes à grandes dimensions (> 500 m3). La vitrification récurrente des scories signale des conditions internes suffisamment importantes (température, pression) pour que la silice provenant du minerai et de potentiels ajouts se transforme en verre.

Une activité de forge est associée à la réduction sur les importants sites bicolores F085, F240 et dans l’épandage F546. Les foyers mesurent en moyenne 10 cm de diamètre, sont de forme circulaire et plano-convexe et sont creusés à même le sol. En outre, à l’exception d’un individu, ils caractérisent tous de petits travaux.

Différents éléments de datation permettent de restituer dans la forêt de Châteauroux au moins 3 phases de production métallurgique. Une première phase au cours de l’Antiquité, probablement entre 80 et 200 de notre ère, la région connait alors une activité métallurgique très développée, notamment avec les deux grands centres que sont Argenton-sur-Creuse et Bourges ; une seconde phase à la période médiévale, entre les 12e et 14e s, période pour laquelle peu d’ateliers métallurgiques sont identifiés et étudiés ; et enfin une activité moderne, datée entre les 18e et 19e s. époque où l’activité métallurgique est de nouveau bien développée dans la région, à travers les forges de Clavières et d’Ardentes par exemple. Le massif de Châteauroux entretient donc au cours de son histoire un lien étroit avec la production du fer qui s’y implante régulièrement.

Les scories de certains sites sont réemployées au cours du temps. Il est possible que ce soit notamment pour la création ou la restauration des routes forestières comme il est courant de le voir. Toutefois, les indices concernant cette utilisation sont trop ténus pour l’affirmer. Une autre mobilisation des scories est reconnue sur le site du château de la Motte où elles sont utilisées comme remblais pour participer à la construction de la motte castrale.

Finalement, malgré une production active au cours du temps, la forêt de Châteauroux conserve peu de traces, dans ses archives et dans sa toponymie, de la métallurgie qui façonne en partie son histoire ; il est possible que le caractère commun de cette activité dans la région ait favorisé son anonymisation.

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Parcelle forestière prospectée lors de la campagne 2018 (S. Lacroix, CITERES/LAT)


Ce contrat s'inscrit dans l'axe de recherche Axe 3 - Pratiques sociales et aires culturelles