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Lefebvre Bastien

Formation d’un tissu urbain dans la cité de Tours : du site de l’amphithéâtre antique au quartier canonial (5e-18e s.)

Thèse soutenue le 2 décembre 2008
Direction : Elisabeth Lorans

L’étude de la formation du tissu urbain inscrit dans l’emprise de l’amphithéâtre antique de Tours propose une lecture différente de la topographie historique traditionnelle en s’attachant moins aux situations qu’aux relations fonctionnelles, spatiales et temporelles qu’entretiennent les objets urbains. Ce travail décrit les processus ayant conduit à transformer l’amphithéâtre antique de la ville en une partie du quartier canonial de la cathédrale durant le Moyen Âge et l’Époque moderne. L’objet de l’étude est notamment d’expliquer la forte rémanence de la structure de l’ancien édifice de spectacle dans le tissu urbain.

L’analyse du tissu urbain a tout d’abord demandé l’étude de ses éléments constitutifs : la voirie (analyse morphologique), le parcellaire (étude typologique) et le domaine construit (étude typologique), c’est-à-dire l’ensemble des configurations intra-parcellaire (non seulement le bâti, mais aussi les cours, les jardins, etc.). La compréhension des dynamiques a également obligé de s’interroger sur les liens synchroniques ou diachroniques qui relient ces différents éléments constitutifs.

La réalisation de ce travail a nécessité la mobilisation des différentes sources traditionnellement utilisées en archéologie urbaine : résultats de fouilles, documentation textuelle, planimétrique et iconographique. Cependant l’originalité de cette recherche repose sur la place importante donnée aux sources architecturales. L’étude complète des 22 propriétés recouvrant les 1,8 ha du site de l’amphithéâtre a permis d’identifier de très nombreux états de bâtiments ou d’aménagements entre la fin du 12e s. et la fin du 18e s.

Fondée sur une approche systémique, l’appréhension de la dynamique du tissu urbain passe par une déconstruction de l’information recueillie à partir des différentes sources. Cette déconstruction, qui repose sur la notion d’objets simples et d’objets complexes, a servi à la fois de principe fondamental pour l’analyse spatiale des données, mais aussi, de manière plus innovante, pour la modélisation et l’analyse temporelle.

L’implémentation du modèle dans un SIG, puis l’intégration des données recueillies à partir de l’analyse des sources a permis un traitement inédit de l’information spatio-temporelle. À partir de l’analyse fonctionnelle, spatiale ou temporelle, des analyses croisées, ou encore de l’analyse de l’effet de source, les résultats obtenus montrent que le tissu urbain, lorsqu’il est abordé comme un ensemble d’éléments constitutifs en interaction, permet de rendre compte de la dynamique urbaine, et ce, à plusieurs échelles de fonctions, d’espace ou de temps.

L’étude a non seulement permis de mieux comprendre l’histoire du site, mais aussi de comprendre l’impact des différents marqueurs dans la formation du tissu urbain. L’amphithéâtre, qui fut intégré au système défensif urbain du Bas-Empire, est manifestement resté une construction indépendante de la Cité durant une grande partie du haut Moyen Âge. C’est certainement vers le 9e-10e s. que son emprise fut divisée et occupée par un habitat aristocratique. À partir de l’intégration des terrains dans le quartier canonial de la cathédrale Saint-Gatien au 13e s., les données qui documentent la composition du tissu urbain sont suffisamment nombreuses pour permettre d’en analyser les dynamiques. Ainsi, malgré une densification de l’espace et de constantes reconstructions, on constate une forte pérennité de l’occupation dans la longue durée. Ce « dynamisme statique » a conduit à renouveler les constructions existantes sans pourtant bouleverser la nature de l’occupation. Ce phénomène s’explique à la fois par la présence de l’ancien amphithéâtre dont les structures et la masse architecturale ont marqué le découpage de l’espace, et par la spécificité de l’occupation aristocratique puis canoniale. On constate alors que c’est la synthèse de ces processus qui explique à la fois la singularité du tissu urbain, et son inscription dans la fabrique urbaine de la ville de Tours.