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Dewailly Bruno

Pouvoir et production urbaine à Tripoli Al-Fayha’a (Liban) : quand l’illusio de la rente foncière et immobilière se mue en imperium

Thèse soutenue le 2 mars 2015
Direction : Pierre Signoles

Le cadre de nos travaux se situe au Proche-Orient et notre sujet de doctorat concerne plus particulièrement l’agglomération de Tripoli Al-Fayhâ’a - Liban. Nous considérons la notion de configuration comme la combinaison relationnelle des différents actants d’un « ensemble pratique » . Entendu comme « système de différenciation d’action sur les actions des autres » , le système du pouvoir est consubstantiellement la condition de son émergence et l’effet de ses relations. À la suite des travaux de Michel Foucault, l’action est envisagée comme un ensemble de forces et le pouvoir comme résultante d’un déséquilibre du rapport de forces. La combinaison des forces est le produit d’un rapport inciter/susciter.

Par l’étude de l’espace et des spatialités - caractéristiques de la dimension spatiale d’une réalité sociale - notre objectif est de parvenir à comprendre la manière dont l’espace est utilisé, comment l’espace urbain et ses dispositifs sont produits, comment ces derniers à leur tour informent, « s’expriment » et donc participent à la constitution d’un rapport de forces qui anime la scène sociétale et, ce faisant, entrent dans la composition des mécanismes qui reproduisent et/ou reconfigurent l’espace urbain tripolitain.

Michel Seurat affirmait à partir de l’étude de la ’asabiyya urbaine de Bâb Tebbâné que « la société globale a en quelque sorte investi la ville », mais refusait d’assimiler son urbanisation contemporaine à une « occidentalisation ». À Tripoli, nous faisons l’hypothèse initiale que la scène sociétale, composée de nombreux dispositifs aux logiques sociales et spatio-temporelles complexes, est actuellement l’objet de nombreuses évolutions : mise en place d’un schéma directeur, nouvelles infrastructures et projets urbains, développement de « partenariat » public/privé dans le domaine de l’eau notamment, etc. Ainsi, de nouvelles pratiques socio-spatiales spécifiques se mettent en place. M. Seurat supposait que les pratiques de citadinité qui participent de l’identification d’un individu à un espace étaient également pour une part induites par une certaine « mythologie » de l’urbain propre aux populations locales. Puisque tous les acteurs concernés ne possèdent pas le même niveau d’objectivation, les questions relatives aux sens des individus en relation avec l’état de l’ensemble pratique considéré par chacun d’entre eux renvoient aux modes de pensées, aux perceptions, aux atmosphères, aux ambiances.

Ces évolutions de l’économie de l’ensemble pratique « société tripolitaine » s’inscrivent dans un moment dont on peut d’ores et déjà supposer plusieurs facteurs (endogènes comme exogènes) de dynamisation socio-spatiale dont les origines balaient un large spectre multi-scalaire, des spatialités internationales à celles de l’individu. L’omniprésence des tensions régionales depuis la construction de l’entité nationale libanaise, les dynamiques de migrations (immigration et émigration, rapport à et de la diaspora), le retour à la paix civile depuis 1991 suivi de la période de « reconstruction », les déploiements de plus en plus nombreux d’institutions internationales, le développement de politiques dites de « partenariat », les pratiques médiatiques et les évolutions discursives provoquant stress et amalgames identitaires, les singularités culturelles (cultuelle, évolutions démographique et des structures familiales , rapports à certains référencements étrangers, chevauchements des sphères politiques, juridiques, administratives et économiques), les fonctionnements institutionnels et électoraux libanais (carte électorale, procédures de vote, réapparition de l’échelle municipale), les rapports aux territoires périphériques (Moyen-Orient, Europe, Syrie, Territoires palestiniens, France, Angleterre, Italie, Zgharta, Minié-Denniyé, ?), à la za’mat locale déclinante et aux leaderships concurrents, les impacts des infrastructures et projets urbains d’agglomération sur l’évolution des modes de vie , ?, sont autant de variables différentielles qui, parce qu’elles sont constituantes du rapport de forces local, participent (consciemment comme inconsciemment) à une reconfiguration territoriale de la scène d’Al-Fayhâ’a.

Les reconfigurations territoriales sont non seulement abordées par l’étude du rétablissement des instances municipales et intercommunales mais également par le biais de quatre situations spatiales . Cette analyse s’articule autour de trois thèmes principaux : les relations espace-pouvoir, les pratiques et les normes.

Initialement, chacune des quatre situations et les instances politico-administratives locales renvoient à un statut spatial particulier. Au-delà des dimensions morpho-fonctionnelles et juridiques inhérentes à ces espaces, certains sont particulièrement et consubstantiellement issus d’une identité collective. Les dénominateurs communs qui la composent varient en fonction de l’échelle socio-spatiale de référence de chaque individu-acteur. L’analyse des acteurs et des systèmes d’actions qui fondent et animent particulièrement les opérations de remembrement doit intégrer la prise en compte des raisons et des modalités qui concourent à la définition et aux évolutions de ces statuts.

De même, si en matière d’espace et encore plus spécifiquement dans le cas de territoires, la question des registres de légitimités des acteurs se pose pour chacun des systèmes d’actions régissant les situations spatiales envisagées, elle est particulièrement fondamentale en ce qui concerne l’opération de relogement de Qobbé initiée par la Caisse des Déplacés et dans le cas des aménagements liés à la mise en valeur du front de mer. Quelles sont alors les formes de rationalités qui structurent les « arts de faire » des acteurs et pourquoi et comment celles-ci sont-elles mobilisées ? Quelles sont les marges de man ?uvre, ou encore les degrés d’autonomie des individus-acteurs dans leur ensemble pratique ?

Enfin, le projet de rénovation du centre ancien et les confrontations pour le contrôle des instances politico-administratives locales relèvent préférentiellement de logiques socio-économiques antagonistes. En quoi ces logiques investies par des individus aux spatialités et aux stratégies spécifiques peuvent, dans un processus de négociation, qualifier une éventuelle reconfiguration de la partition individu/communauté/société et poser la question de l’évolution de l’Etat libanais ? Entre logiques de « normation » et logiques de « normalisation » , à quels processus sommes-nous confrontés et pourquoi ? Comment l’avènement, l’imposition, l’affirmation, la revendication, le contournement de normes peuvent, ou non, reconfigurer les territoires urbains ? A quels « régimes de vérité » ces pratiques renvoient-elles ?

Ainsi, les cinq situations de « convergence relationnelle » sont-elles autant de points d’auscultation. Chacune réfère à un questionnement spécifique mais non forcément original et est appuyée par un protocole expérimental d’enquête.

De Certeau M., 2001, L’invention du quotidien. 1. arts de faire, Gallimard, Paris, coll. Folio-Essais, 349 p.
Elias N., 1993, Qu’est-ce que la sociologie ?, éd. de l’Aube, Paris, col. Agora, 222 p.
Foucault M., 1984 , Questions et réponses, In Michel Foucault, un parcours philosophique, Dreyfus H. et Rabinow P., éd. Folio, Paris, Coll. Essais, p. 293-346.
Gulick J., 1967, Tripoli, a Modern Arab City, Harvard University Press, Cambridge ? Mass., coll. Harvard Middle Eastern Studies n°12, 253 p.
Kabbara N., 1998, La question du pouvoir, l’analyse du discours et la formation du sujet, in Annales de Balamand, Université de Balamand, Liban, n°6, p. 133-141,
Lussault M., 2000, Action !, in Logiques de l’espace, esprit des lieux. Géographie à Cerisy, Lévy J. et Lussault M. dir., Ed. Belin, Paris, Coll. Mappemonde, p. 11-36.
Raffestin C., 1980, Pour une géographie du pouvoir, éd. Litec, Paris, 249 p.
Rajab M., 1993, Le Vieux-Tripoli, un espace historique en voie de mutation. Problématique et perspectives d’avenir, Université de Paris I, UER de Géographie, Thèse de doctorat de géographie et d’aménagement, 471 p.
Seurat M., 1985, Le quartier de Bâb Tebbâné à Tripoli (Liban) : étude d’une ?asabiyya urbaine, in Mouvements communautaires et espaces urbains au Machrek, CERMOC, Beyrouth, p. 45-86.
Ziadé K., 1997, Trâblous : El- ?â ?ilat wa Es-Sîâsat (Tripoli : famille et politique), in J. Bahout & C. Douayhi (dir.), La vie publique au Liban, expressions et recompositions du politique, Les Cahiers du CERMOC n° 18, Beyrouth, p. 274-241.
Ziadé K., 1996, Vendredi, dimanche, Ed. Actes Sud, Paris, Coll. Mémoires de la Méditerranée, 93 p.

Publications dans revues à comité de lecture
2001, La municipalité de Tripoli : entre pouvoirs locaux et services de l’État, Cahiers du CERMOC, Beyrouth, n°24, pp. 295-318. (signé sous le pseudonyme de Paul Rijsel pour des raisons de sensibilité des sources)
2002, L’espace public à travers le prisme du pouvoir : quelques éléments de réflexion à partir d’un cas tripolitain - Liban, Geocarrefour, Lyon, n° 3, Espaces publics dans le Monde Arabe, dir. J.C. DAVID, pp. 297-305. Résumé disponible sur : http://www.geocarrefour.org/RGL-vol...
2004, compte rendu de lecture de l’ouvrage La paix et la crise : le Liban reconstruit ?, Debié F. et Pieter D. (avec la collaboration d’Eric Verdeil), 2003, Paris, PUF, coll. Géographies, 284 p., in REMMM n° 105-106 - Le travail et la question sociale au Maghreb et au Moyen-Orient", mis en ligne le : 3 mars 2005. Disponible sur : http://remmm.revues.org/document277....

Contributions à des ouvrages collectifs
2004, Pouvoirs locaux et décentralisation en période de (re)construction étatique. Les cas du Liban et de la Palestine ; étude comparée, Rapport sur les sites libanais et palestiniens préparé dans le cadre du Programme de Recherche sur l’Urbanisation et le Développement (PRUD) autour du thème : « Les municipalités dans le champ politique local. Effets de modèles de décentralisation dans la gestion des villes en Afrique et au Moyen-Orient », IRD, février, 79 p.
Synthèse des résultats disponible sur : http://www.isted.com/programmes/pru...

Communications
4 juillet 2004, « Une tentative de régulation politique de la part des bailleurs de fonds internationaux à l’échelle locale. L’exemple du projet "Cultural Heritage and urban development" au Liban », présentation réalisée dans le cadre de l’atelier Jeu des acteurs, tissu associatif et nouvelles formes de négociations et de compétences professionnelles face aux épreuves de la ville ? les enquêtes du programme PRUD sur la ville dans le monde arabe, coord. A Deboulet et F. Navez-Bouchanine, 18e congrès de l’AFEMAM, I.E.P., Lyon.
6 septembre 2001, « Tourisme, acteurs et pouvoirs locaux au Liban », intervention réalisée à Ehden dans le cadre du Séminaire pour le développement territorial d’Ehden - Liban, Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux - Université Libanaise - Municipalité de Zgharta-Ehden, direction Pr. C. FELTZ, (avec J.-M. Ovazza).
3 mai 2001, « L’appropriation de territoires : une entrée tripolitaine », présentation réalisée dans le cadre du Séminaire de l’ORBR, CERMOC, Beyrouth, Liban.
6-9 novembre 2000, « La gestion différentielle des quartiers par la municipalité de Tripoli », Colloque final du programme de recherche Municipalités et pouvoirs locaux au Liban, CERMOC, Beyrouth.
23-24 juin 2000, « Financements et modes de gestion municipaux. Quelques réflexions à propos de Tripoli ? Liban », séminaire comparatif du CERMOC Organisation des pouvoirs locaux dans le monde arabe et méditerranéen, Beyrouth.