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Debray Adèle

La trame verte et bleue, vecteur de changement des politiques de protection de la nature ou des politiques d’aménagement ?

Thèse commencée en 2010 soutenu le 16 octobre 2015

Direction : Corinne Larrue

Les innombrables références à la notion de réseau écologique au sein des politiques publiques sont l’expression d’un changement progressif de paradigme des conceptions relatives à la protection de la nature. Cristallisée par la Convention de Rio sur la diversité biologique (1992) et les textes qui en émanent , l’attention portée à cette notion traduit ainsi le passage d’une logique sitologique et patrimoniale - centrée sur la conservation d’ilots de nature -, à une logique plus globale et fonctionnelle, promouvant la connectivité écologique sur l’ensemble du territoire, et considérant de fait les activités humaines comme une composante essentielle des dynamiques écologiques. En France, l’introduction en 2007 par le Grenelle de l’environnement de la trame verte et bleue (TVB) ne fait que réaffirmer ce constat : présentée comme une stratégie nationale dont la vocation première est de préserver la biodiversité, la TVB met de la même façon l’accent sur une conception largement orientée autour des principes afférents à la notion de réseau écologique. Celle-ci est couramment définie comme un projet visant la constitution d’un maillage d’espaces naturels et semi-naturels, les continuités écologiques, constituées de réservoirs de biodiversité , et de corridors écologiques les reliant entre eux . Par ce biais, cette approche tend à compléter et articuler la multitude de politiques et d’outils qui ont jusque-là dominé l’action relative à la protection de la nature, en les associant étroitement aux réflexions en matière d’aménagement du territoire et de gestion de l’espace. De fait, sa mise en œuvre suppose nécessairement un arrangement d’acteurs complexe.

Sur la base d’un travail bibliographique, le point de départ de cette recherche consiste à mettre en évidence le caractère hybride de notre objet de recherche, la TVB. Sa construction est la résultante d’une mobilisation de concepts formulés au sein d’une discipline récente, l’écologie du paysage (fragmentation, connectivité, corridors…), mais dont l’histoire est également indissociable des théories et les pratiques d’aménagement urbain (trames vertes, greenways). Ce faisant, cette double approche théorique nous permet de mettre en évidence un resserrage des liens entre écologie et aménagement : d’un coté, l’écologie du paysage, qui part du principe que le bon fonctionnement écologique des milieux et la biodiversité dépend des activités humaines et de l’action des aménageurs, de l’autre, l’écologisation des conceptions de l’aménagement, en témoigne notamment l’enrichissement récent de l’outil trame verte à des dimensions environnementales et plus largement des documents d’urbanisme par les lois Grenelle, allant dans le sens d’une protection renforcée du territoire.

A partir de ces réflexions, la thèse cherche à vérifier l’hypothèse selon laquelle la TVB est, dans la pratique, un objet favorisant l’hybridation, le rapprochement entre politiques de protection de la nature d’un coté, et politiques d’aménagement de l’autre. En ce sens, la TVB peut être considérée comme un objet frontière entre le monde de l’écologie et le monde de l’aménagement lato sensu, lesquels disposent de leurs propres référentiels d’action. L’ambition de ce travail est d’étayer cette hypothèse via cette double entrée : sur les changements que la TVB implique au sein des politiques relatives à la protection de la nature d’une part et de l’aménagement d’autre part. Ces politiques sont-elles in fine vouées à plus d’interactions ? Les critères de cette analyse portent à la fois sur les acteurs ainsi que les ressources mobilisées jusque là dans chacun des deux mondes. La TVB donne-t-elle lieue à une recomposition des réseaux d’acteurs, des savoir-faire, la mobilisation de nouveaux instruments d’action publique et de méthodes de travail inédites par les acteurs de ces politiques ? L’attention est également portée sur les conditions matérielles et immatérielles qui encouragent l’hybridation autour de la TVB ; en conséquence de quoi les objets intermédiaires et les différentes formes de scènes d’échanges seront à cet effet étudiés. L’analyse sera effectuée sur la base d’enquêtes menées à différentes échelles empilées d’action en matière d’aménagement et de protection de la nature : le SCoT de l’agglomération Tourangelle, le Département de l’Indre et Loire et la Région Centre. Un recensement exhaustif des outils et des politiques sur ces territoires permet en amont de préciser les contours de chacun de ces deux mondes, d’en identifier le système d’acteurs en vue d’entretiens semi-directifs. Ces observations pourront ensuite faire l’objet d’une deuxième phase d’enquêtes en vue d’obtenir une approche comparative. Territoires aux problématiques contrastées, les SCoT de Châteauroux et le département de l’Indre pourront à ce titre être investis.

Dans un second temps de la recherche, l’intérêt sera porté sur la matérialité du réseau écologique. A partir d’une analyse cartographique menée à l’échelle du SCoT ou à une échelle plus fine, nous chercherons alors à mettre en évidence les impacts induits par la TVB sur les usages de l’espace. Au-delà du travail d’identification spatiale qu’elle requiert, La TVB conduira-t-elle à une transformation des usages ?