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Peaucelle Heloise

heloise.peaucelle@etu.univ-tours.fr

Thèse Lien vers la thèse

Directeur(s) de thèse: Madoeuf Anna

Date de soutenance : 01/10/2026

Habiter en exil une ville secondaire : Spatialités des Syriens·nes à Irbid (Jordanie)

Résumé :
Cette thèse, à la croisée des études urbaines et migratoires, s’inscrit dans une approche critique. Elle ambitionne de révéler Irbid, métropole secondaire du monde arabe encore relativement méconnue dans ces champs d’études, ainsi que les processus de fabrique de l’urbain, en accordant une place particulière aux habitants·es ordinaires et à leur manière de participer à la production de la ville. Localisée à trente kilomètres de la frontière syro-jordanienne, la deuxième ville de Jordanie accueille depuis 2011 plusieurs dizaines de milliers de Syriens·nes exilés·es à la suite du soulèvement populaire contre le régime de Bashar al-Assad. Ce mouvement migratoire de la Syrie vers Irbid n’est cependant pas nouveau, et s’inscrit en effet dans un continuum qui comprend des mobilités marchandes, familiales, forcées, de travail et d’études, antérieures au conflit syrien. Depuis 2011, les Syriens·nes réaffirment leurs territorialités citadines dans cette ville marchande, industrieuse et universitaire façonnée par les migrations. Par l’adoption d’une démarche ethnographique à l’échelle de la ville, quianalyse les expériences spatiales des habitants·es syriens·nes, leurs appropriations, la multiplicité des ancrages et les recompositions urbaines que leurs spatialités induisent, ma recherche se présente comme une géographie de l’habiter en exil. Ce dernier terme recouvre à la fois un état physique, une distance affective et le lieu d’accueil, dans toute sa matérialité et les imaginaires qui lui sont associés, où prend place l’exilé·e. La notion d’habiter, centrale dans la thèse, permet de condenser les approches liées à l’analyse des mobilités, des pratiques des lieux de la ville, des identités plurielles, en prêtant attention aux partages de l’espace et aux sociabilités des habitants·es. Il s’agit donc d’abord d’interroger les pratiques et les représentations des Syriens·nes, en tenant compte leurs mobilités, et de considérer qu’il existe un télescopage entre les échelles spatiales et temporelles de leurs modes d’habiter. D’autre part, la considération de l’autre dans l’espace habité permet de repenser les relations d’hospitalité qui se déploient dans le contexte irbidawi, au-delà d’une approche par l’analyse des politiques d’accueil étatiques. Je considère enfin les manières d’habiter et de cohabiter comme moyens de transformations des espaces par les habitants·es qui les pratiquent, en faisant entrer en relation la manière dont iels façonnent l’espace tout en constituant leur propre identité. Mon propos se décline en cinq segments thématiques qui analysent successivement les régimes d’habiter façonnés par les politiques d’accueil , les paysages et les lieux de la ville , la cohabitation hospitalière , les systèmes de mobilités (et les recompositions socio-spatiales de trois centralités marchandes.

Summary:
Situated at the intersection of urban and migration studies, this thesis adopts a critical approach. It aims to shed light on Irbid—a secondary metropolis in the Arab world that remains relatively under- studied in these fields—and on the processes of urban making, focusing on a specific place shaped by ordinary residents and their role in producing the city. Located thirty kilometers from the Syrian Jordanian border, Jordan’s second-largest city has, since 2011, hosted tens of thousands of Syrians displaced by the popular uprising against the Bashar al-Assad regime. However, this migratory flow from Syria to Irbid is not new; rather, it is part of a continuum that includes commercial, familial, forced, labor-related, and educational mobilities predating the Syrian conflict. Since 2011, Syrians have been reaffirming their urban territorialities within this commercial, industrial, and university city shaped by migration. By adopting a city-wide ethnographic approach—analyzing the spatial experiences of Syrian residents, their appropriation of space, their multiple forms of anchoring, and the urban transformations driven by their spatial practices—my research presents a geography of « inhabiting in exile. » The latter term encompasses a physical state, an emotional distance, and the host location itself —in all its materiality and associated imaginaries—where the exiled person establishes a presence. The concept of « dwelling, » central to this thesis, serves to synthesize approaches analyzing mobility, practices within the city’s spaces, and plural identities, while paying close attention to the sharing of space and the inhabitants’ social interactions. The aim is first to examine the practices and representations of Syrians—taking their mobility into account—and to consider the convergence of the spatial and temporal scales of their modes of inhabiting. Furthermore, considering the presence of « the other » within inhabited space allows for a rethinking of the hospitality relations unfolding in the context of Irbid, moving beyond an approach focused solely on state reception policies. Finally, I view modes of inhabiting and cohabitation as a means by which inhabitants transform the spaces they occupy, linking the ways they shape space to the construction of their own identities. My argument is structured around five thematic sections that analyze, in turn: inhabiting regimes shaped by reception policies, the city’s landscapes and places, hospitable cohabitation  mobility systems, and the socio-spatial restructuring of three commercial centralities.

EMAM
Doctorant

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